C’est une affaire qui illustre la complexité des relations de voisinage et les conséquences parfois inattendues de l’aménagement urbain. Ce mercredi, la salle d’audience du Tribunal de Première Instance (TPI) de Dixinn a vibré au rythme des débats dans le dossier opposant Mamadouba Keïta au Dr Adler Koulemou. Les faits remontent à une modification environnementale opérée par le prévenu sur sa propriété.
Tout commence en 2019, lorsque le Dr Koulemou crée un passage d’eau pour le ruissellement traversant son domaine. Cependant, en 2024, il décide de bloquer ce passage. Pour justifier son geste, le médecin explique avoir constaté que ces eaux de pluie charriaient des ordures et provoquaient un drainage indésirable à son domicile. Une mesure de protection personnelle qui, selon la partie civile, a eu des répercussions catastrophiques.
En effet, Mamadouba Keïta soutient que le blocage de ce canal a détourné les eaux vers sa propre cour, causant une inondation majeure. Face au président du tribunal, Mohamed Sangaré, le plaignant a dressé un inventaire des pertes subies. Il évoque la destruction de meubles, d’un réfrigérateur, d’un téléviseur, d’un ordinateur portable ainsi que la mort de quinze poulets. Le préjudice est estimé par la partie civile à la somme de 15 millions de Francs Guinéens (GNF).
Lors des plaidoiries, le conseil de la partie civile a axé son argumentation sur l’article 523 du Code pénal guinéen, qui réprime la destruction de biens appartenant à autrui. Une qualification juridique qui, si elle est retenue, pourrait lourdement peser sur les épaules du prévenu.
De son côté, le Ministère Public a requis une condamnation à un an d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une amende d’un million de Francs guinéens.
La défense, incarnée par le Dr Adler Koulemou lui-même, a plaidé la relaxe en contestant la matérialité des faits. S’appuyant sur des photos, le prévenu a souligné l’absence de preuves tangibles fournies par le voisin concernant l’ampleur des dégâts. Il conteste ainsi la réalité des pertes matérielles alléguées et le lien de causalité direct entre son action et l’inondation.
Après avoir entendu les parties, le président Mohamed Sangaré a annoncé le renvoi de l’affaire. Le tribunal rendra sa décision le 28 octobre prochain. D’ici là, la pression reste vive sur le Dr Koulemou qui encourt une peine de prison avec sursis et une sanction pécuniaire, tandis que Mamadouba Keïta attend réparation pour un préjudice qu’il juge considérable.
Cette affaire rappelle que la gestion des eaux pluviales en milieu urbain est un enjeu crucial, où les intérêts privés peuvent rapidement se heurter à la sécurité et à la quiétude des voisins.
Mamadou Tanou BAH pour GuiStat.Com
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