À deux jours de son audience devant la Cour suprême, l’ancien magistrat Algassimou Diallo a été éloigné de Conakry par l’administration pénitentiaire. Extrait dans des conditions jugées « opaques » de sa cellule à la Maison d’arrêt de Coyah, il a finalement été localisé à plus de 700 kilomètres de la capitale, à la Maison d’arrêt et de correction de Macenta. Un transfert que ses avocats qualifient d’illégal et qui, selon eux, expose leur client à de graves dangers.
Tout commence le samedi 5 septembre 2026. Le Collectif des avocats de M. Algassimou Diallo lance une alerte : leur client a disparu de sa cellule à la Maison d’arrêt de Coyah, où il était détenu depuis son inculpation le 27 août. « Il aurait été extrait de son lieu de détention et conduit vers une destination inconnue », indiquent-ils dans un communiqué. Sans nouvelle, sans notification officielle, la défense s’inquiète pour sa vie et sa sécurité, et exige que son lieu de détention soit rendu public.
Le lendemain, ce dimanche 6 septembre, la Direction nationale de l’Administration pénitentiaire et de la Réinsertion (DNAPR) lève le voile : Algassimou Diallo a bien été transféré, mais à la Maison d’arrêt de Macenta, une localité située à plus de 700 km de la capitale.
Pour la DNAPR, ce déplacement, effectué le 5 septembre, relève de la « gestion administrative des établissements pénitentiaires » et ne modifie en rien le statut judiciaire de l’intéressé, qui « demeure détenu en exécution du mandat de dépôt décerné à son encontre ».
Une version que les avocats de M. Diallo rejettent catégoriquement. Ils dénoncent un transfert effectué sans aucune notification préalable, appris via les réseaux sociaux, et jugent cette mesure administrative illégale. La défense conteste formellement la légalité de cette décision et exige la preuve de la détention effective de leur client ainsi que son retour immédiat à Conakry.
Ce transfert intervient dans un contexte judiciaire extrêmement sensible. Le vendredi 4 septembre, Algassimou Diallo avait comparu devant les chambres réunies de la Cour suprême, où il est poursuivi pour des faits de « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » et « participation à une association de malfaiteurs ». À l’issue de l’audience, la Cour avait renvoyé l’affaire au mardi 8 septembre pour se prononcer sur la poursuite ou non du procès pendant les vacances judiciaires.
C’est au lendemain de cette audience, alors que le délibéré est imminent, que le transfert a été opéré.
À l’heure où la Cour suprême doit se prononcer sur son sort, la défense craint que ce transfert à plusieurs centaines de kilomètres ne soit un moyen de faire pression ou de l’éloigner délibérément du centre du jeu judiciaire. « Nous nous inquiétons pour sa vie et sa sécurité », martèlent les avocats, qui exigent des garanties sur les conditions de détention de leur client et dénoncent une mesure « arbitraire ».
Ancien avocat général près la Cour suprême, Algassimou Diallo avait été suspendu puis radié de la magistrature en août 2026 pour « manquements graves aux devoirs de sa fonction ». Il avait auparavant été une figure marquante du procès du massacre du 28 septembre 2009, en tant que procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn, où il avait conduit les poursuites contre l’ancien chef de la junte Moussa Dadis Camara.
Mohamed Lamine Bah pour GuiStat.Com

