Dans la sous-préfecture de Mankountan, district de Bigory, l’école primaire publique construite en 1955 sous l’administration coloniale n’a jamais connu la moindre rénovation. Soixante-dix ans plus tard, ses murs fissurés et ses toitures délabrées continuent d’accueillir des centaines d’élèves, dans des conditions que parents et enseignants qualifient d’indignes.
Dans cette vielle école désormais au bord de l’effondrement, les murs, rongés par l’humidité, laissent apparaître des fissures profondes. Les toitures, faites de tôles rouillées, cèdent sous le poids des années. À l’intérieur, les salles de classe ne répondent plus à aucune norme minimale d’accueil : pas de plafond digne de ce nom, des bancs délabrés, et une promiscuité qui étouffe toute velléité d’apprentissage serein.
« Chaque matin, je confie mes deux enfants à cette école avec la peur au ventre », confie Fatoumata Camara, mère d’élèves. « Quand il pleut, l’eau ruisselle sur les tables. Les enfants rentrent trempés, malades. Ce n’est pas une école, c’est un danger permanent. Nous demandons à l’État de nous entendre : nos enfants méritent mieux que cela. »
Du côté des enseignants, le constat est tout aussi amer. « Nous faisons cours dans des conditions que même les animaux refuseraient », témoigne un instituteur dans l’établissement depuis plus de cinq ans. « Les infiltrations d’eau ont détruit les rares matériels pédagogiques. L’hiver, nous sommes obligés de suspendre les cours certains jours parce que les salles sont inutilisables. Comment exiger des résultats scolaires quand le cadre lui-même ne garantit ni sécurité, ni dignité ? », s’interroge-t-il.
Un autre enseignant, sous couvert d’anonymat, ajoute : « Nous avons alerté les autorités locales à plusieurs reprises. Des promesses ont été faites, mais rien n’a jamais été concrétisé. Chaque année, on nous dit que le dossier est en cours. Pendant ce temps, les murs continuent de s’effriter et les enfants continuent d’apprendre dans l’angoisse. »
L’école de Bigory-Mantoun n’est pas un cas isolé. Elle incarne la réalité de nombreuses zones rurales guinéennes, où le système éducatif fonctionne encore par la débrouille et le sacrifice des communautés. Pourtant, l’éducation est un droit fondamental, garanti par la Constitution guinéenne et les engagements internationaux du pays.
« Nos enfants ne demandent pas la charité », insiste Aïssatou Bangoura, parente d’élèves. « Ils demandent simplement une école qui tienne debout, des salles où l’on peut apprendre sans craindre l’effondrement, et la certitude que leur avenir compte autant que celui des enfants des villes. Nous interpellons le Président Mamadi Doumbouya, le Premier ministre Amadou Oury Bah et la Ministre de l’Éducation nationale : regardez vers Mankountan, regardez vers Bigory. Une mission d’évaluation, une intervention d’urgence, un programme de reconstruction, les options existent. Ce qui manque, c’est la volonté politique. »
Dans ce district enclavé, chaque rentrée scolaire est vécue comme une épreuve. Les familles, souvent démunies, n’ont d’autre choix que d’envoyer leurs enfants dans des bâtiments menaçant de céder. Certains parents envisagent déjà de retirer leurs enfants, faute de sécurité. D’autres, plus résignés, prient simplement pour qu’aucun drame ne survienne.
« Si l’école s’effondre, ce n’est pas seulement un bâtiment qui tombe : c’est l’espoir de toute une génération », alerte Mamadou Diallo, l’instituteur. « Nous demandons une intervention urgente avant qu’il ne soit trop tard. Les enfants de Bigory ont droit à un avenir. Ils ont droit à une école digne. »
Alors que la saison des pluies est toujours là, l’inquiétude grandit. Chaque jour de silence, chaque promesse non tenue, chaque visite manquée rapproche un peu plus Mankountan de l’oubli. Et si l’école de Bigory venait à s’effondrer, ce serait bien plus qu’un bâtiment qui disparaîtrait : ce serait la promesse républicaine d’une éducation pour tous qui s’écroulerait avec lui.
Mohamed Bah pour GuiStat.Com

