Le général Amara Camara, ministre secrétaire général et porte-parole de la Présidence de la République, a lors d’une conférence de presse, levé un coin de voile, lundi, sur les coulisses du stage d’encadrement civique imposé aux bénéficiaires de la grâce présidentielle. Devant la presse, il a défendu un dispositif inédit en Guinée, tout en s’efforçant de dissiper les malentendus autour d’une mesure qui continue de faire débat, notamment après la grâce accordée à l’opposant Aliou Bah.
Le ministre a tenu à replacer la décision présidentielle dans son cadre juridique et symbolique. « Il faut retenir qu’une grâce n’est pas un oubli », a-t-il déclaré, précisant que « cela ne remet en cause ni les décisions de justice, ni les droits des victimes, notamment en matière de réparation ». Pour lui, la clémence du chef de l’État s’accompagne nécessairement d’un accompagnement, sans quoi la libération pourrait se transformer en nouveau piège.
C’est dans cette logique que l’article 2 des décrets promulgués conditionne le bénéfice de la grâce à l’accomplissement d’un stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion. Un stage de 45 jours, dont les modalités ont été fixées conjointement par les ministères de la Justice et de la Défense. Un choix qui ne doit rien au hasard : il s’agit, selon Amara Camara, de répondre à trois impératifs.
Le premier objectif est de protéger la fragilité du retour à la liberté. « La sortie de prison constitue un moment délicat. Les personnes libérées manquent souvent de repères et de ressources, et les familles ne sont pas toujours prêtes à les accueillir », a expliqué le ministre. Avant d’ajouter : « En les protégeant, nous protégeons également toute la société ».
Le deuxième objectif relève de l’apprentissage citoyen. « La citoyenneté s’apprend tout au long de la vie, mais elle peut aussi se réapprendre », a souligné Amara Camara, saluant au passage « le travail remarquable effectué sur le terrain à Sonfonia », où les bénéficiaires se montreraient « très satisfaits des enseignements reçus ».
Le troisième objectif, enfin, est de faciliter la réinsertion sociale et professionnelle. Le stage doit permettre un retour en famille, au sein de la communauté et, pour certains, dans la vie active. Il se conclura par une attestation certifiant que le parcours a été suivi avec succès et que la personne « ne représente plus un danger pour la société ».
Derrière ces principes généraux se profile un cas qui a cristallisé l’attention : celui de Mamadou Aliou Bah, président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL). Gracié le 2 octobre 2026, en même temps que 216 autres détenus, à l’occasion du 68e anniversaire de l’indépendance, l’opposant n’a pas été immédiatement libre pour autant. Son bénéfice de la grâce a été expressément subordonné à l’accomplissement du stage de 45 jours.
Condamné en janvier 2025 à deux ans de prison ferme pour « offense et diffamation » envers le président Mamadi Doumbouya, Aliou Bah est apparu pour la première fois depuis sa condamnation le 14 octobre 2026, au camp de la gendarmerie de Sonfonia, en compagnie d’autres bénéficiaires. Une apparition qui a coïncidé avec la visite du ministre de la Justice, Ibrahima Sory II Tounkara, sur ce site où le stage se déroule sous la supervision des services de la Justice militaire et de l’Administration pénitentiaire.
La question mérite d’être posée : pourquoi soumettre des intellectuels, des leaders d’opinion et des responsables politiques à des exercices conçus, à l’origine, pour un public carcéral souvent en situation de grande vulnérabilité sociale ? Amara Camara assume le choix. Pour lui, le civisme n’est pas l’apanage d’une catégorie de citoyens. « Tous les jours, on peut être en conflit avec la loi sans le savoir », a-t-il fait valoir, insistant sur la nécessité de « rappeler » les règles du vivre-ensemble, y compris à ceux que leur position sociale ou leur parcours intellectuel pourrait laisser croire à l’abri de tels écarts.
Le ministre ne s’est pas attardé sur le cas personnel d’Aliou Bah, préférant élever le débat. « Je ne voudrais pas ramener le sujet à l’échelle des personnes. Ça va au-delà de la personne », a-t-il tranché. Une manière de dire que le dispositif n’est pas taillé pour un individu, mais pour une société qui entend faire de la sortie de prison un moment de reconstruction plutôt qu’une simple remise en liberté.
Reste une interrogation que le ministre n’a pas totalement levée : celle de l’adéquation entre un encadrement à forte dimension militaire le stage se déroule dans l’enceinte de l’école de gendarmerie de Sonfonia et les besoins réels de personnalités dont le parcours n’a rien de commun avec celui de détenus de droit commun. Pour l’heure, Amara Camara s’en tient à une conviction : c’est par le rappel des devoirs, autant que par la clémence, que la grâce prend tout son sens.
Yahya Diallo pour GuiStat.Com

