Entre promesses d’ouverture apaisée et menace de grève générale, le dialogue entre les syndicats et le gouvernement ne tient plus qu’à un fil. À la suite d’une assemblée générale extraordinaire très suivie, qui a réuni les enseignants titulaires, ceux des collectivités locales et les contractuels de la Zone spéciale de Conakry comme de l’intérieur du pays, l’Intersyndicale de l’Éducation (FSPE, SLECG, SNE) a tapé du poing sur la table, le 9 octobre 2026.
Tout en réaffirmant sa volonté de préserver un climat apaisé pour la rentrée en cours, elle accuse les autorités de revenir sur les engagements pris et brandit l’arme de la grève.
Alors que l’Intersyndicale tentait de sensibiliser sa base en faveur d’une ouverture apaisée des classes, une note-circulaire de la Direction des ressources humaines du ministère de l’Éducation nationale a mis le feu aux poudres. Ce document demande aux chefs d’établissement de délivrer des attestations de service afin d’inscrire les contractuels sur la plateforme FUGAS en vue d’un concours. Une manœuvre perçue comme une trahison par les représentants syndicaux.
« Cette disposition est en porte-à-faux avec l’esprit et la lettre du point 7 de notre protocole d’accord », martèle Michel Pépé Balamou, porte-parole de l’Intersyndicale. Ce texte fondateur stipule en effet que les enseignants contractuels non retenus, mais ayant obtenu la moyenne, sont prioritaires à l’engagement direct, tandis que ceux de Conakry doivent participer à une évaluation pratique où l’enregistrement leur est prioritairement garanti.
Saisi en urgence, le Conseil national du dialogue social (CNDS), par la voix de son président, Dr Aliou Camara, a initié une médiation. Les syndicats doivent désormais se rendre au ministère de la Fonction publique pour examiner la liste des enseignants concernés et statuer sur leur intégration effective.
Par ailleurs, des avancées ont été annoncées sur d’autres revendications, notamment le déblocage des salaires. Selon nos informations, 72 enseignants verront leur situation financière régularisée dès la fin de ce mois. Pour les primes de fonction, la liste des hauts cadres du secteur éducatif titulaires de décrets et d’arrêtés a été transmise à la Fonction publique pour l’activation rapide de leurs primes, a-t-on appris.
« Nous donnons une chance ultime au gouvernement pour que demain soit une journée opérationnelle et porteuse de résultats », prévient Michel Pépé Balamou.
Outre la question des contractuels, les responsables syndicaux ont tenu à rappeler le caractère sacré des acquis historiques de la profession. Prenant la parole avec fermeté, Kadiatou Bah, secrétaire générale du SLECG, a rappelé au gouvernement que le protocole d’accord n’est aucunement négociable, s’appuyant sur les garanties obtenues auprès du Premier ministre. Elle s’est montrée particulièrement intraitable au sujet du statut particulier des enseignants.
« Ce statut particulier ne saurait être comparé à aucun autre en République de Guinée, parce que nous l’avons obtenu au prix du sang de 12 élèves tués le 12 juin 2006, pendant le baccalauréat. Ce statut n’est pas à monnayer… C’est notre Bible, c’est notre Coran », a-t-elle martelé.
Face à ce qu’ils considèrent comme des revirements administratifs, les syndicats restent sur le pied de guerre. Représentant la FSPE, Hamidou Touré s’est chargé de rappeler le rapport de force.
« Les travaux vont continuer, mais si nous n’avons pas satisfaction, nous allons utiliser l’arme fatale. La grève n’est que suspendue à ce jour. S’il le faut, il suffit de la faire descendre », a-t-il menacé devant les micros et les caméras des journalistes.
La journée de négociation au ministère de la Fonction publique s’annonce cruciale. Elle déterminera si les élèves guinéens continueront de suivre les cours dans la sérénité ou si le système éducatif s’enfoncera dans une nouvelle crise sociale.
Mamadou Saliou Camara et Yamoussa Cheick Camara pour Guistat.com
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