Ce matin, le marché de Matoto s’est réveillé sous tension. Des femmes et des occupants ont constaté que leurs maisons et magasins ont été marqués d’une croix avec une sommation de libérer les lieux dans 72 heures. Inquiets, ils sont sortis pour manifester leur incompréhension. Toutes leurs tentatives pour savoir qui est à l’origine de ce marquage sont restées vaines.
Interrogée sur place, une vendeuse revient avec émotion sur les raisons qui la poussent à se battre pour sa boutique, entre la scolarité de ses enfants à payer et les difficultés d’emploi que traverse son foyer, où ce sont les femmes qui portent désormais les charges.
« Aujourd’hui au marché de Matoto, nous traversons une situation inquiétante. Ce sont des inconnus qui sont venus mettre des croix sur nos conteneurs et nos boutiques, pour nous dire de quitter dans 72h. C’est la troisième fois comme ça qu’ils le font, et nous ne savons pas qui ils sont. Imagine que tu as des enfants qui partent à l’école avec leur scolarité qui doit être payée. Et nous savons tous que le problème de travail des hommes actuellement n’est pas aisé, c’est nous les femmes qui apportons notre aide aux hommes dans les problèmes de dépense. Tu viens maintenant au marché pour te débrouiller, on vient te dire que tu dois fermer ton magasin », a déploré Sanassa Camara
Poursuivant son témoignage, elle dénonce une sélection injuste dans le marquage des boutiques :
« Mais ce que nous ne comprenons pas, ils ont fait la sélection, certaines boutiques sont cochées, d’autres non. Il y en a parmi les responsables du bureau qui ont jusqu’à trois boutiques qu’ils gèrent, mais ils ne veulent pas les déguerpir, sauf nous pauvres qui avons une seule boutique, qu’ils veulent détruire. On est allées à la mairie trois fois sans succès. C’est pourquoi nous demandons au Chef de l’État de nous aider à mettre fin à cette situation parce que nous avons trop souffert », a-t-elle sollicité.
Remonté, cet autre vendeur affirme que personne ne veut assumer la responsabilité de ce marquage et que les commerçants sont livrés à eux-mêmes.
« À chaque fois qu’ils viennent ici, ils cochent des magasins sans explication. Ils disent que c’est la commune, ils disent que c’est le gouvernorat, quand on va au gouvernorat, ils disent que ce ne sont pas eux. […] Nous demandons l’aide du Président et de son équipe parce que nous sommes là pour lui. Nous sommes des citoyens guinéens, nous n’avons pas où aller », a laissé entendre Ismaël Bachir Kaba, vendeur au marché de Matoto.
De son côté, un gérant de magasin rappelle que cette menace n’est pas nouvelle et évoque même un drame survenu par le passé.
« On est sortis aujourd’hui parce que nous sommes inquiets. Nous sommes restés ici pendant plusieurs années, c’est ici que nos mamans ont fait leur commerce y compris nos papas. […] Nous avions un voisin, depuis qu’il a appris à l’époque qu’il devait être déguerpi dans 72h, c’est cette nouvelle qui a été la cause de sa crise cardiaque et il est décédé », a conclu Mohamed Soumah.
Les occupants lancent un appel au Chef de l’État pour faire la lumière sur cette affaire.
Mamadou Saliou Camara pour GuiStat.com

