Dans un entretien accordé à GuiStat.Com ce mercredi, 14 octobre 2026, Patrick Mundeké, conseiller de l’opposant Moïse Katumbi, président du parti Ensemble pour la République, livre une analyse sans concession de la situation politique en République démocratique du Congo. Il revient sur les tensions entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, les conditions d’un dialogue avec l’opposition, les manœuvres autour de la Constitution et l’affaire judiciaire qui vise son patron. Pour lui, le rapport de force est en train de changer.
GuiStat.Com : Vous êtes conseiller de Moïse Katumbi. Comment analysez-vous l’attitude de Joseph Kabila, aujourd’hui à la tête d’un mouvement rebelle?
Patrick Mundeké : Kabila n’avait vraiment pas besoin d’en arriver là. Mais tout ce que le président Tshisekedi a fait, c’est de le pousser vers ce schéma. Il a cherché à le tirer. Vous avez suivi comment il a fait passer les drones au-dessus de sa maison à Goma. Il l’a fait condamner à mort à Kinshasa, par une justice que nous jugeons tribaliste. Il a tout fait pour que Kabila se radicalise.
S’il avait été sage, depuis la chute de Goma et décembre approche, il aurait ouvert les négociations. Les négociations pouvaient aider à aboutir à une solution. Mais il a poursuivi Kabila, il a saisi ses biens, il a pillé ses maisons. À un moment donné, tout être humain, mis à la place de Kabila, serait fatigué. Je crois qu’il a pris une grande décision.
GuiStat.Com : Cela signifie-t-il que vous n’êtes pas contre ce mouvement ?
Patrick Mundeké : C’est une suite logique. Politiquement, Tshisekedi a vergué tous les systèmes politiques. Il a cherché à tirer Kabila.
GuiStat.Com : Aujourd’hui, Kabila est un ancien président de la République démocratique du Congo, qui a duré au pouvoir longtemps, il faut le dire. Beaucoup s’interrogent sur ou cela pourrait amener la RDC, déjà confrontée à d’autres problèmes, notamment à l’est .
Patrick Mundeké : Moi, je sais que si on choisit le terrain militaire, qui sait qui le perdra ? Kabila est aujourd’hui à la tête d’une armée puissante. Il l’a déjà démontré depuis sept ans. Il démystifie les forces armées de la République démocratique du Congo. Donc si quelqu’un choisit l’option militaire, qui sait ce qui va se passer ? Et si quelqu’un décide d’aller au dialogue, il est sur son dernier mandat. S’il va dans un dialogue sincère, il finira par partir.
L’option de Kabila est tactiquement solide, vu de cet angle. Quoi qu’il en soit, il a maintenant la clé pour faire partir Tshisekedi du pouvoir. Que ce soit sur le terrain militaire ou par les dialogues, il le fera partir. C’est vrai que Tshisekedi n’a pas vu venir.
GuiStat.Com : De l’autre côté, le pouvoir appelle au dialogue avec l’opposition. Votre coalition a fait une déclaration dans laquelle elle a posé ses conditions, notamment autour de l’article 64 de la Constitution. Ce dialogue aura-t-il bel et bien lieu avec les conditions que vous avez posées ?
Patrick Mundeké : Tshisekedi est parfois amnésique. Il ne sait pas qu’il fait partie du problème. En tout cas, c’est lui qui convoque les dialogues. Mais il est lui-même une partie au dialogue. Personne n’a confiance en lui. Il n’est pas crédible. Il n’est pas véridique. Il ment tout le temps à tout le monde. On ne peut pas aller à un dialogue qu’il organise lui-même.
Il a signé son ordonnance pour dire que c’est le président de la République qui convoque, que c’est lui qui décide du médiateur, que c’est lui qui décide des modalités. Les résolutions des dialogues, c’est encore lui. On ne va pas dans un dialogue avec quelqu’un qui n’est ni crédible ni sérieux. Il laisse la scène organisée.
GuiStat.Com : Vous lui prêtez donc l’intention de tripatouiller la Constitution et de s’éterniser au pouvoir ?
Patrick Mundeké : Ce n’est pas que nous le prétendons. Les gens sont là. Il a amené la question de la Constitution par les mains, devant la Cour constitutionnelle. Il veut faire un référendum pour dévier l’article 220 de la Constitution. Mais le président Kabila l’a clairement dit dans son discours. On le connaît. Il veut s’éterniser au pouvoir. Il misait beaucoup sur le chaos qu’il y a à l’est du Congo. Mais maintenant, le chaos risque de l’emporter.
GuiStat.Com : Nous avons suivi un des ténors de l’opposition, Martin Fayulu, qui avait rappelé que Tshisekedi devrait partir de gré ou de force au terme de son deuxième et dernier mandat. Peut-on parler d’une alliance tacite entre l’opposition politique et ce mouvement de rebelles que Kabila dirigerait aujourd’hui, d’une manière ou d’une autre ?
Patrick Mundeké : C’est une notion de camp. L’ennemi de mon ennemi est mon ami. C’est clair. Je ne le dis pas encore officiellement comme ça, mais plutôt qu’il ne parte pas, le Congo se portera mieux. Donc c’est une question vitale pour les forces d’opposition aujourd’hui. On ne peut pas avoir la paix avec ce qui est dit.
GuiStat.Com : Un autre point avant de vous laisser partir : l’affaire judiciaire qui concerne aujourd’hui votre président Moïse Katumbi avec son frère aîné. Est-ce qu’on peut parler d’une justice téléguidée ?
Patrick Mundeké : C’est une histoire de famille. Moi, je ne fais pas partie de leur famille. Je suis conseiller, collaborateur de Moïse Katumbi. Je ne fais pas partie de la famille Katumbi. Mais je pense que les faits sont établis, ils sont clairs. Celui qui devra répondre répondra. Ça sera notre grief. Il répondra. Ne vous en faites pas. Le rapport de force est en train de changer en République démocratique du Congo. Le moment venu, il devra répondre.
Interview réalisée par Mohamed Bah et Yahya Diallo pour GuiStat.Com

