C’est une nouvelle qui vient confirmer les craintes les plus vives. Le Conseil électoral provisoire (CEP) a annoncé, mardi 6 octobre 2026, le report des premières étapes des élections présidentielle et législatives en Haïti. Dans un communiqué officiel, l’institution explique que la période de campagne électorale, qui devait s’ouvrir en amont du scrutin fixé au 13 décembre, est suspendue sine die. Aucune nouvelle date n’a été communiquée.
Le CEP précise qu’un nouveau calendrier sera rendu public « prochainement », en fonction des conditions techniques et opérationnelles nécessaires au bon déroulement du vote. Une formulation diplomatique qui traduit une réalité beaucoup plus brutale : dans un pays gangrené par les violences des gangs armés, l’organisation d’un scrutin libre et transparent relève aujourd’hui de la gageure.
Ce report intervient dans un contexte politique déjà profondément dégradé. Haïti n’a plus organisé d’élections depuis 2016. Depuis l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, tué dans sa résidence privée en juillet 2021, aucun président élu ne lui a succédé. Le pays est depuis lors gouverné par des autorités de transition, dont la légitimité demeure contestée.
La vacance prolongée du pouvoir exécutif et la paralysie du Parlement ont contribué à créer un vide institutionnel dans lequel se sont engouffrés les groupes armés. Ces derniers contrôlent aujourd’hui une large partie de la capitale, Port-au-Prince, ainsi que plusieurs axes routiers stratégiques du pays, rendant impossible la tenue d’un scrutin dans des conditions minimales de sécurité.
Le report annoncé par le CEP n’est pas une surprise. Depuis plusieurs mois, les observateurs internationaux et les organisations de la société civile haïtienne alertaient sur l’impossibilité matérielle d’organiser des élections tant que l’insécurité demeure à un tel niveau. Les centres de vote, les bureaux de l’administration électorale et les entrepôts de matériel sensible sont régulièrement la cible d’attaques ou de menaces.
Au-delà de la question sécuritaire, le CEP évoque également des contraintes « techniques et opérationnelles » : financement incertain, logistique entravée, et confiance des électeurs en berne. Dans un pays où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté et où des millions de personnes sont déplacées par les violences, la priorité des citoyens est moins à l’urne qu’à la survie quotidienne.
Ce nouveau report pose avec acuité la question de la sortie de crise. Alors que les autorités de transition devaient céder la place à des élus, l’absence de calendrier électoral risque de prolonger indéfiniment une situation intérimaire déjà critiquée. Les partenaires internationaux d’Haïti, notamment les Nations unies et la Communauté caribéenne (Caricom), suivent la situation avec inquiétude, conscients qu’un nouveau retard pourrait exacerber les tensions sociales et renforcer davantage les groupes armés.
Pour de nombreux Haïtiens, ce report est vécu comme un énième rendez-vous manqué avec la démocratie. A les en croire, il illustre l’impasse d’un pays où la reconstruction de l’État passe inévitablement par le rétablissement de la sécurité, un préalable que la communauté internationale peine elle-même à garantir, malgré le déploiement d’une mission multinationale de soutien à la police.
En attendant la publication d’un nouveau calendrier, Haïti demeure suspendu à une question simple mais vertigineuse : comment organiser des élections dans un pays où l’État lui-même n’a plus les moyens de garantir l’ordre ?
Fatoumata Condé pour GuiStat.Com

