Lorsqu’on parle de justice en Guinée, les sujets ne manquent pas. Mais l’affaire qui fait actuellement réagir sur les réseaux sociaux semble créer un rare consensus. Selon les témoignages et informations qui circulent, une famille serait engagée dans un conflit autour de son bien et d’un contrat avec des investisseurs.
Je ne connais pas tous les éléments du dossier et il ne m’appartient pas de dire qui a raison ou tort. C’est à la justice d’établir les faits, d’interpréter le contrat et de déterminer les responsabilités. Mais cette affaire soulève une question essentielle : combien de temps faut-il pour obtenir une décision définitive et la voir réellement appliquée ?
Cette question me touche personnellement.
Depuis près de quatre ans, mon frère aîné est engagé dans un différend contractuel. Plusieurs décisions lui ont été favorables, devant différents juges et à différents niveaux de juridiction. Pourtant, l’affaire continue de rebondir de procédure en procédure, avec des conséquences réelles sur son activité, ses investissements et sa vie personnelle.
C’est cela que j’appelle le « ping-pong judiciaire ».
Le droit d’appel et de recours est indispensable dans un État de droit. Mais le droit d’obtenir une décision définitive dans un délai raisonnable l’est tout autant. À quoi sert de gagner devant plusieurs juridictions si, quatre ans plus tard, le litige reste pratiquement au même point ?
Et plus une affaire traîne, plus elle peut ouvrir la porte aux pressions, aux interventions extérieures, aux tentatives d’influence et aux risques de corruption. Cela ne veut évidemment pas dire que tout retard est lié à la corruption. Mais plus un système est lent et imprévisible, plus il devient vulnérable aux tentatives d’influence. Protéger les magistrats de ces pressions, c’est aussi protéger les citoyens.
Deux pistes me paraissent prioritaires. Premièrement : mieux encadrer les délais judiciaires. Dans les affaires commerciales, contractuelles, foncières et immobilières, il faut des délais plus clairs et un suivi numérique permettant de savoir où en est un dossier et pourquoi il est retardé. Deuxièmement : garantir l’exécution des décisions. Les recours doivent rester protégés. Mais une fois les voies normales de recours épuisées, une décision doit produire ses effets. Sinon, gagner en justice finit par ne plus vouloir dire grand-chose.
S’il existe un domaine qui ne devrait être ni politisé, ni ethnicisé, c’est bien la justice. La loi, les délais et l’exécution des décisions doivent être les mêmes pour tous, quels que soient le nom, l’origine, le statut social ou les relations.
Et c’est justement ce qui m’encourage dans les réactions à l’affaire actuelle : voir des Guinéens de différents horizons partager la même préoccupation. Aujourd’hui, cela concerne une famille. Demain, cela peut être chacun d’entre nous.
L’enjeu est aussi économique. Nous voulons attirer les investisseurs, développer notre secteur privé et encourager la diaspora à investir davantage. Mais sans sécurité juridique, cette ambition restera fragile.
Nous avons besoin d’une justice indépendante, prévisible et accessible, qui garantisse à chacun le droit de se défendre, mais qui sache aussi mettre un point final aux litiges.
Car lorsque la justice est continuellement repoussée, c’est la confiance dans la justice elle-même qui finit par reculer.
#Allah_Wallou_EN #Allah_Kha_Wonmali #Allah_Gne_An_Madem
#Alla_Ekpoma_Teh_Goupoh
Gassim Bah, Executive MBA
Expert en Économie et Finance
Actuel Conseiller en finances publiques et développement des marchés de capitaux à Washington DC

