En vigueur depuis quelques semaines, l’interdiction des sachets plastiques en Guinée provoque une onde de choc sociale à Conakry. Si la mesure est saluée pour son impact écologique, elle plonge des milliers de familles dans la précarité et alimente une véritable crise d’eau potable dans la capitale.
Au-delà de la précarité, les citoyens alertent sur une pénurie généralisée et des risques sanitaires.
« Aujourd’hui, tu peux chercher de l’eau partout, mais tu ne trouves pas. Les bidons également se font rares. Tu peux passer toute une journée sans boire la quantité d’eau que tu as l’habitude de boire, tu es exposé à une maladie », s’inquiète-t-elle.
Pour s’offrir sa dose d’eau journalière, Morlaye Soumah débourse jusqu’à 15 000 GNF.
« L’eau qu’on paie actuellement pour boire, ce sont des sachets d’eau de pompe qu’on attache dans des plastiques et tu ne peux pas être sûr si c’est bien entretenu ou pas. Donc, si le matin tu te réveilles avec 7 000 francs guinéens pour manger et pour boire, un bidon d’eau qui coûte 3 000 francs, quand tu dois boire cinq bidons par jour, il faut payer au moins 15 000 francs guinéens. C’est pourquoi nous demandons à l’État de revoir cette situation », plaide-t-il.
Même incompréhension chez Naby Camara, maître ouvrier sur les chantiers de Conakry et père de famille.
« Les dispositions qui sont prises à propos de l’interdiction de la vente des sachets en plastique, nous, on ne comprend pas. Parce que nous, les citoyens lambda, ce n’est pas bon pour nous. Franchement, il faut se dire la vérité », lance-t-il.
Pour lui, l’impact est direct sur son économie.
« Avant, quand je pars sur le chantier, je peux acheter un pack d’eau juste pour mes apprentis. Ils vont boire ça pendant toute la journée. Mais aujourd’hui, il me faut acheter l’eau en bidon qui coûte extrêmement cher, jusqu’à 40 000 GNF le pack. Ça a beaucoup joué sur mon économie, y compris mes enfants aussi qui partent à l’école. Je leur donnais 2 000 francs pour acheter les sachets d’eau. Mais aujourd’hui, il faut que j’achète de l’eau en bidon. Même hier, je suis parti dans un restaurant pour manger. D’habitude, quand je paye le manger à 15 000, on me donne un sachet d’eau, mais hier, il a fallu que j’achète l’eau à 5 000 francs guinéens, les petits bidons », fustige M. Camara.
Face au risque d’une crise sociale plus profonde, Naby Camara interpelle les autorités.
« Il faut que l’État revoie cette situation pour nous afin d’aider les citoyens. C’est l’État qui peut faire tout. On est derrière eux, et je sais qu’ils ont la solution aussi pour ça, pour nous soulager », conclut cet ouvrier.
Veuve et mère de famille, Fatoumata Soumah confie vivre uniquement de la vente d’eau en sachet. En cette période de rentrée scolaire, elle dit ne plus savoir à quel saint se vouer.
« Moi, je vis de la vente de l’eau et je nourris ma petite famille à travers ça. Mais aujourd’hui, je souffre. Je n’ai pas de moyens et l’État interdit la vente et la commercialisation des sachets plastiques. Aujourd’hui, nous souffrons beaucoup », témoigne-t-elle.
« Je vis avec mes enfants, mon mari est décédé. Si l’État interdit ça et qu’il n’y a pas de solution, ce n’est pas bon pour nous. Et puis, c’est l’ouverture des classes également. On ne sait pas quoi faire », alerte Fatoumata Soumah.
Mamadou Saliou Camara, pour GuiStat.Com

