La zone de transit et de tri (ZTT) de Sangoyah, dans la commune de Matoto, est débordée par les déchets depuis plus de six mois, selon Sékou Keita, président de la Coordination nationale des acteurs d’assainissement de Guinée (CONAAG). En cause, l’insuffisance d’engins et de camions pour transférer les ordures vers la décharge de Baritodé. Le gestionnaire du site lance un cri d’alarme, tandis que la mairie de Matoto reconnaît des difficultés et assure que des efforts sont en cours.
Le gestionnaire de la ZTT déplore le manque de transfert des déchets du site de dépotage vers la décharge de Baritodé.
« Nous souffrons énormément ici. Vous savez, les techniciens ont réfléchi sur le schéma directeur de l’assainissement, adopté par toutes les communes de Conakry. Ce schéma directeur était basé sur une chaîne à trois maillons : la pré-collecte dans les quartiers, le transfert et la gestion de la décharge. Malheureusement pour nous, la Guinée mange tout en matière d’infrastructures. Nous n’avons pas de décharge et, en matière d’équipements, nous n’avons plus d’engins pour le transfert des déchets. C’est pourquoi, depuis un peu plus de six mois, nous nous retrouvons sous la pression des ordures dans les différentes zones de transit et de tri de la ville de Conakry. Si vous prenez la ZTT de Sangoyah, comme n’importe quelle autre ZTT aujourd’hui, elle est bloquée par les déchets. Alors que pour la gestion ou la disparition des déchets plastiques, qui dérangent à plus d’un titre, si les ZTT étaient désengorgées, je pense qu’on pourrait trouver une solution. Parce qu’on pourrait organiser le tri de ces déchets plastiques à la source. Vous n’êtes pas sans savoir que les déchets triés constituent des ressources pour nous : nous les revendons pour avoir un supplément. Quand vous prenez une ZTT où le tri est bien organisé, nous pouvons enlever par mois cinq tonnes de déchets produits par les ménages. Cela fera donc moins de déchets à acheminer vers la décharge. Non seulement cela favorise le transport, mais cela produit des ressources pour les gestionnaires des ZTT. Malheureusement, si le transfert ne fonctionne pas, je pense que les autres maillons de la chaîne sont endommagés », dénonce Sékou Keita.
À cause de la situation actuelle de la ZTT de Sangoyah, remplie d’ordures, la capacité de dépotage est réduite pour les PME. Sékou Keita fait remarquer que cela n’est pas sans conséquences sur leur rendement économique.
« Aujourd’hui, nous sommes obligés de réduire la capacité opérationnelle des PME : chacune n’a droit qu’à un ou deux voyages par jour, à cause de la situation actuelle. Sinon, il y a des PME qui peuvent faire 20, 30, voire 40 tours dans la journée. Mais aujourd’hui, nous leur demandons de faire le minimum. Certaines PME ont jusqu’à dix tricycles qui peuvent assainir nos quartiers. Il y a quelques jours, les points noirs avaient disparu dans les lieux publics, mais aujourd’hui, avec cette situation des ZTT, la capacité opérationnelle des PME est réduite sur le terrain. C’est pourquoi vous voyez les ordures déposées sur les trottoirs et ailleurs. Vous voyez la ZTT : les ordures sont sorties dehors et, si cela continue, nous serons obligés d’arrêter le travail », prévient le gestionnaire de la ZTT de Sangoyah.
Sur place, nous avons constaté la présence de tricycles garés, transportant des ordures et attendant le dépotage. À côté, une tractopelle envoyée par la commune de Matoto, dans le cadre des opérations de transfert des déchets, était présente. Le conseiller communal de la mairie de Matoto, Nouhou Gassim Bangoura, reconnaît la défaillance dans le transfert des ordures au niveau des ZTT vers la décharge, qui relève de la compétence de la commune.
« Effectivement, c’est une réalité : aujourd’hui, les ZTT souffrent. Mais sachez que moi, personnellement, en tant que conseiller, je vis ces réalités, parce que je visite toutes les ZTT. Ensuite, je suis un citoyen de Sangoyah. Je sais réellement qu’il y a des difficultés par rapport au transfert. Mais ce qui est important, c’est que la commune ne baisse pas les bras : nous sommes en train de nous battre pour que les ZTT soient débarrassées des déchets. Sinon, tant que les ordures ne sont pas transférées, nous aurons des difficultés dans les ménages. Je vous informe que, même hier, nous avions déployé des camions ici pour le transfert. Le problème aujourd’hui, c’est la délocalisation de la décharge jusqu’à Baritodé : imaginez donc le coût, avec la distance et le temps pour les camions de faire l’aller-retour. Nous travaillons souvent la nuit pour permettre aux camions d’avoir un accès facile. La commune est très consciente, le maire est très conscient ; on discute tous les jours avec lui et le secrétaire général. Le combat de la mairie aujourd’hui, c’est de faire tout son possible pour que les ZTT soient débarrassées de ces déchets, et cela va de la santé de notre population, qui réclame le bien-être. Parce que là, il faut se dire la vérité : on ne peut pas laisser une ZTT dans un tel état, où les populations sont entourées de ce danger, et les abandonner, non », rassure l’autorité communale de la mairie de Matoto.
Autre réalité constatée dans la ZTT : le manque de matériel de travail. Les bacs à ordures sont défectueux et les camions pour le transfert des déchets insuffisants, reconnaît Mohamed Salif Soumah, agent de suivi et évaluation de la commune de Matoto.
« En matière d’assainissement, il y a une chaîne qui comprend la pré-collecte et le transfert. Les opérations de transfert sont en cours depuis quelques jours. Même hier, on était là pour faire quelques voyages. Jusqu’à présent, nous sommes sur place ; vous avez vu la machine. Notre souci est de satisfaire les PME. Quand vous prenez la commune de Matoto, elle a trois ZTT. Aujourd’hui, à Sangoyah, c’est un processus, parce que nous avons un problème d’équipements qui nous fatigue. Ce qui fait que les opérations sont faites par rotation. Mais les difficultés sont liées au manque d’équipements ; souvent, le peu que nous avons est en panne aussi. Mais avec l’effort du maire, je pense que cette situation sera rapidement résolue », explique le technicien.
Selon nos informations, la commune de Matoto ne dispose que d’un seul camion benne basculante pour ses trois zones de transit et de tri, chargé de transporter les déchets vers la décharge de Baritodé, située à plusieurs kilomètres de Conakry.
Ansou Bailo Baldé pour GuiStat.com
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