Les assureurs présents dans les locaux de Document Sécurisé de Guinée (DSD) à Kankan, l’entreprise chargée de la confection et de la livraison des plaques d’immatriculation, ont été sommés de quitter les lieux. En cause, des dénonciations d’une présumée surfacturation du prix d’immatriculation. DSD met ainsi fin à sa collaboration avec plusieurs compagnies d’assurance installées dans son enceinte. Cette décision fait suite à de nombreuses plaintes de citoyens accusant des agents de surfacturer leurs services. Les responsables locaux, qui ont appliqué une consigne de la direction générale, assurent vouloir mettre un terme à cette hémorragie de surfacturation.
Telle une décision tombée comme un couperet, la rupture de l’alliance entre DSD et les entreprises d’assurance a été annoncée le matin du 22 octobre 2026, mettant fin à une collaboration de longue date. Elle intervient après de multiples plaintes et dénonciations, notamment sur les réseaux sociaux, d’une prétendue surfacturation des services. Pour mieux contrôler ses agents, l’entreprise a décidé de se séparer de ses partenaires assureurs, explique Oumar Kaba, superviseur à DSD : « Nous avons reçu des plaintes un peu partout concernant la surfacturation. L’immatriculation est surfacturée à un point tel que les gens n’arrivent plus à supporter. Donc la direction nous a consigné que, désormais, nous collaborons uniquement avec les clients pour l’immatriculation. L’assurance, de son côté, ne concerne plus DSD. Tous les agents qui s’aventurent à violer cela auront des problèmes. Les conséquences, vous les assumerez. En fait, la population est généralement analphabète. Quand les gens viennent et qu’on leur demande de détailler, ils disent souvent : “Ah, moi je ne connais pas ça. Dites-moi tout ce que je dois payer, je paie, et puis vous faites mon travail.” Généralement, c’est comme ça. Mais après l’immatriculation, si on leur demande d’aller prendre l’assurance, ils ne savent pas où aller. Ça va quand même leur fatiguer. C’est un peu la conséquence. Donc vous en êtes conscients, mais vous êtes obligés d’appliquer ce que la direction a demandé. »
Selon lui, DSD ne contrôle pas le prix de l’assurance entre les clients et les assureurs. Il reconnaît toutefois que certaines personnes se font passer pour des assureurs afin d’arnaquer des citoyens paisibles, d’où la décision de se séparer d’eux pour préserver l’image de l’entreprise, accusée de surfacturer ses services. Il admet aussi que cette décision pourrait avoir un impact sur ces mêmes citoyens : « Moi, je collabore avec certains assureurs. Ils me disent qu’ils ont un prix fixe et que c’est comme ça qu’ils travaillent. Mais d’autres viennent maintenant avec les clients, avec les dossiers ; je ne peux pas en parler, parce que je ne suis pas présent lors de la discussion du prix. Chez nous, à DSD, le prix est fixe. Souvent, certains agents ici se réclament d’assureurs ; ce sont eux qui se seraient rendus coupables de surfacturation, sinon, à DSD, nos prix sont connus. Mais, franchement, ce ne sont pas des assureurs, ce sont des démarcheurs. Ils font des démarches pour les clients, suivent les dossiers, les constituent et les remettent aux propriétaires. Donc, souvent, ça vient d’eux. Entre nous, ici, on a mis un plafond : personne ne doit le dépasser, parce que tous les prix sont connus. »
Interrogé, Aly Camara, représentant de Vista Assurance à Kankan, estime que cette décision mériterait d’être réfléchie avant d’être prise. Il réfute la surfacturation dénoncée par les citoyens et pense qu’elle pourrait engendrer des conséquences pour ces derniers : « Nous avons appris ce matin la rupture entre les sociétés d’assurance en général et DSD, qui est en charge de l’immatriculation. Selon les informations, tous les assureurs doivent quitter ses enceintes et s’éloigner d’eux. Nous pensons que c’est une décision qui mérite réflexion. Parce qu’en matière de documentation, aujourd’hui, nos parents — et vu la situation intellectuelle de notre pays — sont quasi totalement analphabètes. Les gens viennent, ils demandent la plaque et tous les documents qui l’accompagnent. Donc vouloir scinder les deux, ça va créer des polémiques autour de nous. En Haute-Guinée en général, la plupart de ceux qui ont des engins ne connaissent pas les procédures et sont analphabètes. Je m’excuse du terme. Donc, quand on leur dit qu’ils prennent la plaque ici et qu’ils doivent aller jusqu’à d’autres quartiers pour prendre l’assurance, non seulement ça va les fatiguer, mais ça leur complique aussi la tâche. Vous comprenez ? Nous, à côté de DSD, c’était vraiment de l’aide. Pour nous, ça nous arrangeait, les assureurs. Mais c’était aussi un grand avantage pour la population. Nous livrons même les contrats, les reçus et parfois les quittances, vous comprenez ? On a des contrats avec des quittances. Nos parents ne comprennent pas. Parfois, tu leur donnes le reçu de paiement de leur assurance ; ils préfèrent garder ça et laisser l’assurance elle-même à la maison. Mais souvent, nos clients confondent les deux. Parce que quand ils voient les papiers dans les mains, tout est papier, tout est écrit. Parfois, certains peuvent laisser leur assurance, les contrats d’assurance à la maison, prendre les reçus qui montrent qu’ils ont payé l’assurance, les quittances de paiement, et les rouler avec. Donc, ça veut dire que chez nous, il n’y a pas un problème de surfacturation. Nous ne constatons pas ça. »
En conséquence, la rupture du partenariat entre DSD Kankan et les agents d’assurance suscite des inquiétudes quant aux conséquences pour les usagers, notamment en matière de coûts d’immatriculation et d’accès aux documents administratifs. Les clients devront désormais accomplir séparément les démarches d’immatriculation et d’assurance, une situation qui pourrait peser sur les populations peu familiarisées avec les procédures administratives.
Mohamed Aly Keita pour GuiStat.Com

