L’ancien chef du gouvernement (1993-1995) est mort ce 31 août 2026 à l’âge de 97 ans. Figure majeure de la droite française, il laisse le souvenir d’un libéral pragmatique et d’un homme d’État qui aura réussi l’un des face-à-face les plus courtois de la Ve République avec François Mitterrand.
Né en 1929, Édouard Balladur n’a rien d’un politique né sous une bonne étoile électorale. Il débute en 1964 comme collaborateur de Georges Pompidou, dont il devient le fidèle conseiller. Secrétaire général de l’Élysée en 1973, il reste longtemps dans l’ombre des institutions. Il faut attendre les législatives de mars 1986 pour que les Français découvrent ce député RPR de Paris, élu à 57 ans. Un âge qu’il tourne en dérision avec une ironie devenue célèbre : « Je suis l’un des plus jeunes hommes politiques de France ».
Sa maturité lui offre un poste de poids : ministre d’État de l’Économie et des Finances dans le premier gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac (1986-1988). Doté des pouvoirs d’arbitrage budgétaire du Premier ministre, il devient l’architecte d’une politique de privatisations massive (Total, TF1, Rhône-Poulenc, la SEITA). Revendiquant en 2016 dans L’Opinion être allé « plus vite et plus loin que Margaret Thatcher », il prônait néanmoins un « libéralisme ordonné et partagé », accompagnant la libération des prix par la mise en place d’un Conseil de la concurrence.
Son passage à Bercy est aussi marqué par la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes (IGF) en 1987. Une décision qui, même après le rétablissement de l’ISF par Michel Rocard, continuait de lui valoir, des années plus tard, « des lettres de contempteurs ou d’admirateurs ».
L’heure de Matignon et l’alliance feutrée avec Mitterrand
Réélu député en 1988, Balladur soutient le traité de Maastricht en 1992 et profite de la vague bleue de 1993 pour accéder à Matignon. Contrairement à son rival Jacques Chirac, il incarne pour François Mitterrand une cohabitation pacifiée. Le président socialiste n’hésite d’ailleurs pas à annoncer sa nomination à la télévision sans l’avoir prévenu. Balladur racontera plus tard leur première entrevue à l’Élysée : « Il m’accueillit en me disant : « Bonsoir, monsieur le Premier ministre » ».
Mitterrand, séducteur, lui glisse même : « Sans la politique, nous aurions pu être amis ». Pendant deux ans, les deux hommes entretiennent une « cohabitation de velours » faite de respects réciproques et d’absence de provocation. En 1993, Balladur lance un grand emprunt d’État, réforme les retraites et poursuit les privatisations, confiant le portefeuille du Budget à un jeune loup nommé Nicolas Sarkozy.
Le regret d’une vie et le retrait des affaires
Si l’ancien grand argentier ne doute pas du bien-fondé de ses réformes, il confiera en 2006 un véritable regret à L’Express : n’avoir pas réussi à instaurer une grande politique de participation des salariés. « Je n’ai pas réussi à me faire comprendre », reconnaîtra-t-il, masquant mal son amertume.
Battu à la présidentielle de 1995 par Jacques Chirac, il s’éloigne peu à peu de la lumière. Sa carrière politique s’achève à la fin des années 2000, achevant plus de quarante ans de vie publique. Avec sa disparition, la Ve République perd l’un de ses derniers témoins des grandes batailles institutionnelles, et surtout l’incarnation d’une droite libérale, rigoureuse et profondément européenne.
Ibrahima Camara pour GuiStat.Com