Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné une modification du Code pénal pour réinstaurer la peine capitale à l’encontre des auteurs d’incendies volontaires, alors que le pays est endeuillé par des feux de forêt qui ont fait au moins 12 morts et suscité de vives critiques sur la gestion de la catastrophe.
Depuis mercredi 26 août, de violents incendies ravagent le nord-est de l’Algérie, en particulier les wilayas de Béjaïa, Jijel et Tizi Ouzou. Alimentés par des vents violents, une canicule intense et la sécheresse des sols dans cette région à la fois côtière et montagneuse, les feux ont provoqué une vive émotion dans le pays.
Selon les chiffres officiels, au moins 12 personnes ont perdu la vie et 54 blessés ont été hospitalisés pour des brûlures, dont six dans un état grave. Mais ce bilan est très probablement sous-évalué : des sources locales évoquent déjà plusieurs dizaines de victimes, et le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudène, a lui-même qualifié vendredi le bilan de « très lourd » sans donner de chiffre précis.
C’est dans ce contexte dramatique que le président Abdelmadjid Tebboune a pris la parole dimanche 30 août lors d’une réunion consacrée aux feux, en présence de hauts responsables civils et militaires. S’adressant directement au ministre de la Justice, il a ordonné « une modification du Code pénal » avant le 15 septembre afin de réinstaurer « la condamnation à mort pour les pyromanes ».
« Il y aura exécution » une fois les voies de recours épuisées pour les condamnés, a-t-il insisté, dans une séquence retransmise à la télévision. Le projet de loi devra passer par le gouvernement puis être examiné « rapidement » par le Parlement. Cette annonce intervient alors que l’Algérie observe un moratoire sur la peine de mort depuis 1993 – une première fois qu’un chef d’État algérien évoque aussi explicitement son rétablissement.
La communication hésitante du gouvernement sur le nombre réel de victimes soulève de nombreuses critiques. Plusieurs personnes soupçonnées d’avoir allumé les feux ont été arrêtées, mais l’opposition et une partie de la société civile dénoncent le manque de moyens de prévention et de lutte contre les incendies.
Sur un ton martial, le président Tebboune a lancé : « Personne ne peut faire plier l’Algérie ». Il a également promis que les victimes ayant perdu leurs maisons, leurs biens, leur cheptel ou leurs vergers seraient entièrement indemnisées par l’État avant la mi-septembre.
L’Algérie a décrété un deuil officiel de trois jours et annulé toutes les festivités culturelles et compétitions sportives. Des funérailles collectives ont eu lieu, notamment à Jijel, rassemblant une foule nombreuse.
Ce lundi 31 août, le président français Emmanuel Macron a déclaré en Conseil des ministres que la France était prête à apporter son « soutien » à l’Algérie face aux feux de forêt. « Le président de la République a tenu à rappeler que la France apportait son soutien à l’Algérie face aux feux et que donc nous réitérons notre disponibilité à leur venir en aide », a rapporté la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. Cette proposition intervient dans un contexte de relations franco-algériennes encore tendues, malgré un récent réchauffement diplomatique.
Mohamed Bangoura pour GuiStat.Com