Le droit d’auteur reste en souffrance en Guinée. À l’occasion du lancement du concours national de plaidoyer en droit d’auteur, placé sous la tutelle du ministère de la Culture et organisé en collaboration avec le ministère de la Justice, Moussa Fofana, directeur général du BGDA, a lancé un cri d’alarme. Il a dénoncé une injustice qui, selon lui, tue les créateurs guinéens dans la misère et l’indifférence générale, alors que la loi punit pourtant la contrefaçon de deux ans de prison.
« Un vendeur peut avoir le même casier qu’un violeur, qu’un voleur, qu’un escroc », a-t-il déclaré, avant d’illustrer le pillage par deux ordres de grandeur : les recouvrements officiels, d’un côté, et les gains colossaux du piratage, de l’autre.
« En 2023, 3 milliards de droits recouvrés par le BGDA. En 2024, 4 milliards 250 millions. En 2025, 13 milliards. Et un chiffre que je vais inventer par analogie : 200 milliards. C’est ce qu’un pirate peut se faire avec un seul ordinateur et une connexion à 14 000 francs en vendant un million de clés USB à 5 000 francs. De 1980 à 2025, toutes les années confondues, ni le BGDA ni les créateurs n’arrivent à recouvrer 50 milliards. Un pirate peut, en une année, gagner plus que la subvention d’un ministère. Derrière cette logique, il y a des artistes qui meurent dans la misère », a-t-il déclaré.
Pour Moussa Fofana, cette misère s’explique par l’ignorance totale de la loi par la population et même par les autorités judiciaires.
« Comme beaucoup d’autres dans cette salle, nous avons acheté des clés USB dans la rue. Parce qu’on ne sait pas que le vendeur peut avoir le même casier [judiciaire] qu’un violeur. Pourtant, l’article 116 de la loi 028 du 7 juin 2019 dispose que la contrefaçon, c’est toute reproduction en violation de la loi, et la peine va jusqu’à deux ans de prison et 20 millions d’amende. Les tribunaux existent, les avocats existent, les artistes meurent de misère », a-t-il déploré.
Face à ce constat, le BGDA a décidé de vulgariser la loi sur le terrain et dans le monde judiciaire.
« Pour répondre à cette difficulté, nous nous sommes dit qu’il faut vulgariser cette loi. Cette année, le BGDA est entré dans les communes, les préfectures, les régions. Il a formé les officiers de police judiciaire. Les étudiants vont désormais défendre devant les ministres, les magistrats et les avocats pour dire que, pour la violation du droit d’un artiste, quelqu’un peut aller en prison. C’est la meilleure façon de vulgariser le droit d’auteur », a-t-il expliqué.
Enfin, le directeur général a mis en avant le potentiel économique du droit d’auteur et son ambition pour la Guinée.
« Chaque salon de coiffure, chaque boutique, chaque pharmacie qui paie même 50 000 francs pour la cause des créateurs : si vous avez 10 millions de boutiques, le BGDA pourra faire 500 milliards par an. Nous estimons que cette année les universités guinéennes vont s’affronter ; l’année prochaine, d’autres pays nous rejoindront. En deux ou trois ans, la Guinée sera le carrefour protecteur des droits d’auteur avec des concours internationaux de plaidoiries », a-t-il conclu.
Mamadou Saliou Camara pour GuiStar.com

