La zone administrative d’Abyei, située à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud dont les deux pays se disputent la souveraineté, a été la cible d’une sanglante attaque de drones attribuée aux forces du général Abdel Fattah al-Burhan, lundi 19 octobre. Selon RFI, l’armée soudanaise aurait ainsi voulu priver les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), avec lesquelles elle est en guerre depuis plus de trois ans, d’une zone de transit et de ravitaillement.
Le bilan, qui n’a cessé de s’alourdir ces dernières heures, est très lourd. Lundi 19 octobre, des frappes de drones ont visé un marché de cette zone riche en pétrole. Plus de 150 personnes ont perdu la vie dans ces bombardements, selon le chiffre avancé par Yohana Akol Ngor, porte-parole des autorités locales, cité par la presse sud-soudanaise.
La majorité des victimes sont des commerçants soudanais, mais des ressortissants sud-soudanais ainsi que trois Somaliens figurent également parmi les morts, selon l’administrateur en chef d’Abyei, Justice Charles Abyei Jok. Ce dernier dénonce dans un communiqué « 22 frappes visant directement une zone commerciale densément peuplée, ce qui démontre un mépris flagrant pour la vie humaine ».
De son côté, le ministère sud-soudanais des Affaires étrangères, qui « condamne l’attaque dans les termes les plus forts », a convoqué l’ambassadeur soudanais à Juba dans la journée de lundi afin de lui faire part de sa « forte protestation ».
Côté sud-soudanais, le drame est imputé à l’armée soudanaise, en guerre contre les paramilitaires des FSR depuis plus de trois ans. En visant un secteur servant de centre de ravitaillement et de zone de transit aux FSR vers le Kordofan-Occidental, les forces du général Abdel Fattah al-Burhan auraient voulu les couper d’une source d’approvisionnement en provenance du Soudan du Sud. La zone du marché d’Amiet prise pour cible est d’ailleurs celle où se vendait du carburant.
Cette attaque contre la zone administrative d’Abyei s’inscrit dans un contexte de multiplication des affrontements entre l’armée soudanaise et les FSR depuis le 18 octobre : d’un côté, des frappes de drones imputées à l’armée ont fait plus de 80 morts à Al-Dibab, dans la province du Kordofan, et à Nyala, fief des paramilitaires ; de l’autre, une attaque de drone attribuée cette fois aux FSR a fait quatre morts à Khartoum, la capitale.
Yahya Diallo pour Guistat.com

