Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a accordé un entretien exclusif à RFI et France 24 le jeudi 24 septembre 2026 à New York. Le successeur de Macky Sall s’est exprimé sur plusieurs sujets brûlants concernant son pays et la sous-région. De l’accord en vue avec le Fonds monétaire international (FMI) aux défis sécuritaires dans l’espace CEDEAO, en passant par ses rapports avec son ancien Premier ministre Ousmane Sonko et les élections, il a tenu à clarifier sa position.
Un accord de prêt de 2,2 milliards de dollars sur trois ans est en vue avec le FMI, dans l’attente de l’avis favorable du Conseil d’administration. Pour que le Sénégal en bénéficie, la dette sénégalaise – devenue plus importante sous Macky Sall – doit être jugée soutenable. Interrogé sur le sujet, Bassirou Diomaye Faye évoque une « préoccupation partagée tant par le Sénégal, qui a choisi le cadre commun du G20, que par le cadre lui-même, qui doit faire preuve d’efficacité et d’efficience, particulièrement sur la réduction des délais de négociation. En réalité, c’est ce qui fait hésiter les États qui se trouvent dans une telle situation à recourir à ce cadre. J’ai été récemment à Washington et j’ai vu que c’est une préoccupation que je partage avec la directrice générale du Fonds, mais aussi avec le directeur général de la Banque mondiale. J’estime que ce que nous avons demandé avant de choisir le cadre, c’est que ce cadre soit amélioré », dit-il.
Poursuivant, le chef de l’État rappelle que la préoccupation fondamentale portait sur le délai de traitement et les discussions devant se tenir dans ce cadre. « Sous ce rapport, nous avons obtenu des engagements fermes sur la réduction des délais avant de choisir le cadre. Nous espérons que chaque partie fera preuve de toute la diligence possible pour que nous allions plus vite. Et qu’au-delà du Sénégal, d’autres pays qui se retrouveront fatalement dans cette situation aient davantage confiance en ce cadre, institué aussi pour être choisi par les pays dans une situation comme la nôtre », a-t-il indiqué.
Si cet accord avec le FMI venait à être conclu, l’exécutif sénégalais devra obtenir l’avis de l’Assemblée nationale, dirigée par le PASTEF-Les Patriotes, avec à sa tête l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko. Le gouvernement risque-t-il une censure au Parlement dans le cadre de la loi de finances ? « En fait, la seule chose que je suis susceptible de trahir, c’est mon serment, prêté le 2 avril 2024 face au peuple sénégalais et devant Dieu. Au-delà de ce référentiel, rien d’autre ne m’engage », lance-t-il à l’endroit du parti PASTEF.
Et de poursuivre : « Par rapport à la loi de finances rectificative, comme pour d’autres lois, quand il s’agit d’aller à l’Assemblée nationale, le gouvernement y va. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le gouvernement est une institution aux côtés de l’Assemblée nationale, et moi-même je représente d’autres institutions, notamment judiciaires. Là-bas, chacun assume ses responsabilités, et le peuple arbitre saura juger chacun par rapport à sa posture. Mais j’estime que dans le contexte actuel, au regard des efforts que nous fournissons pour le bénéfice du peuple sénégalais, ces représentants ne sauraient avoir un autre comportement patriotique que d’accompagner cette dynamique qu’ils ont trouvée, qu’ils ont contribué à ménager avec nous et qui est restée en l’état, mais que nous sommes en train de travailler à faire aboutir. »
Autre sujet abordé par le président sénégalais : les élections réclamées par le PASTEF-Les Patriotes. « Il n’y a rien d’urgent en réalité, et je ne voudrais pas que nous soyons dans une obsession électorale permanente. Nous avons quelque chose qui doit fondamentalement nous préoccuper aujourd’hui : comment discuter avec le Fonds, obtenir un accord, un programme qui passe en conseil d’administration, qui soit approuvé et qui restaure effectivement la confiance des partenaires et des investisseurs vis-à-vis du Sénégal. C’est cela ma préoccupation », a-t-il clarifié.
De nos jours, de nombreux jeunes Africains se livrent à la migration au péril de leur vie. Pour combattre ce fléau, l’Union européenne finance la construction au Sénégal de deux centres d’accueil pour les migrants secourus en mer. « En réalité, même lorsqu’il a été question pour le Sénégal d’accueillir certains migrants refoulés de certains pays, nous avons refusé. Les migrants, en revanche, qui prennent la mer sont pour l’essentiel des Africains. C’est d’abord une question de protection, d’intégrité physique, au regard des conditions dans lesquelles ils voyagent. Et l’on sait à quel point c’est périlleux et combien de vies cela a coûté. D’un autre côté, il s’agit de ne pas les laisser entre les mains de passeurs ou de trafiquants d’êtres humains », explique-t-il.
Lors du dernier sommet de la CEDEAO, le président Bassirou Diomaye Faye a pris la tête de l’institution. Entre menaces sécuritaires et retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso, le chef de l’État se montre serein : « Le Mali est un pays voisin qui le restera, parce que ni le Sénégal ni le Mali ne déménageront. Sous ce rapport, quand il y a des problèmes de sécurité de cette nature au Mali, ils concernent forcément le Sénégal. Le terrorisme n’a pas de frontières. Ces conflits asymétriques ne sont pas à l’image des conflits conventionnels que nous connaissons. Donc tout pays peut être frappé, parce que les facteurs qui poussent à frapper tel ou tel pays ne sont maîtrisés par aucun État. Le pays où nous sommes a vécu cela, votre pays l’a vécu, d’autres encore l’ont vécu. Le Sénégal ne peut donc pas dire qu’il est à l’abri », dit-il avant d’ajouter :
« Mais nous prenons toutes les mesures nécessaires, en concertation avec les pays avec lesquels nous partageons cette menace réelle, par l’échange de renseignements et tout autre mécanisme. Nous sommes même allés, à un moment donné, jusqu’à des patrouilles communes pour anticiper cette menace et enrayer toute tentative de frappe sur le Sénégal. Nous continuons à être vigilants, notamment dans le contexte des Jeux, mais nous sommes tout à fait conscients du niveau de la menace dans toute la sous-région, et cela nous concerne au plus haut point », a martelé Bassirou Diomaye Faye avant de souligner :
« La CEDEAO fait face à des défis. Nous avons vu trois membres importants quitter l’organisation et créer une autre organisation, la Confédération des États du Sahel. C’est leur souveraineté de décider d’être dans une organisation ou d’en sortir. Ce n’est pas une première, ni dans le monde, ni en Afrique. Nous respectons cette décision et nous travaillons à garantir les conditions d’une coexistence des deux organisations, qui assurent la libre circulation des personnes et des biens et permettent un commerce réel entre les pays, qu’ils soient membres de la CEDEAO ou de la Confédération des États du Sahel. À ce sujet, le dialogue est enclenché. Nous avons nommé un négociateur spécial en la personne du président Lansana Kouyaté. »
Mohamed Lamine Bah pour Guistat.com

