C’est devenu une pratique fréquente sur les chantiers de construction et sur d’autres lieux de travail : le non-respect des normes de santé et sécurité au travail, ainsi que le manque ou l’insuffisance de matériel. Casques, chaussures de sécurité, ceintures, cordes et autres équipements de protection individuelle sont souvent ignorés par les travailleurs. Ce qui n’est pas sans conséquences : ces ouvriers sont exposés au risque d’accident, parfois mortel, de blessures graves et d’autres préjudices.
Pour dénoncer cette situation, Ousmane Salami Camara, spécialiste en santé et sécurité au travail, pointe le non-respect des normes en la matière en Guinée.
« Quand on sort aujourd’hui dans nos différents chantiers, surtout à Conakry, on constate que beaucoup d’immeubles ne respectent pas les normes de sécurité. Parler de santé et sécurité, c’est parler du respect des normes. Il faut d’abord savoir que la santé est un bien-être physique, mental et social. Si ceux qui travaillent sur ces chantiers travaillent dans la routine, ils doivent savoir qu’ils sont exposés à des accidents. Chez nous, les gens pensent que l’accident est une fatalité ; dès qu’il arrive, on accuse le destin. Pourtant, il faut sortir de cette logique. Il faut que ceux qui construisent acceptent de respecter les normes de construction. Surtout pour le bâtiment et les installations, il faut respecter les normes d’installation. Mais ce n’est pas facile chez nous, parce qu’il y a ce qu’on appelle la SST (santé et sécurité au travail) et d’autres l’appellent HSE (hygiène, santé et sécurité) », explique-t-il.
Le spécialiste pointe également le manque de formation préalable des ouvriers avant le début de tout travail sur un chantier. « Dans les chantiers, quand ceux qui sont là ne sont pas formés pour que les gens puissent éviter les accidents, nous allons enregistrer chaque fois des cas d’accident. Et vous constaterez qu’il y a beaucoup d’accidents qui se passent et qui ne sont pas signalés dans les registres. Quelqu’un chute, par exemple, il va à l’hôpital et y meurt : vous verrez que le chef d’entreprise ou l’ingénieur ne va pas signaler cela. C’est ce qui se passe de façon quotidienne », déplore-t-il.
Pour Ousmane Salami Camara, la formation initiale est un droit pour l’ouvrier. « C’est un droit pour le travailleur, et l’employeur doit être dans les conditions idéales. C’est-à-dire qu’il faut donner au travailleur une formation sur la santé et la sécurité au travail, puis le doter d’équipements de protection individuelle. Mais les gens pensent que parler de santé et sécurité au travail, c’est juste donner des EPI au travailleur (casque, bottes, lunettes), alors qu’on donne souvent cela aux ouvriers qui ne les portent pas. Donc, quand vous avez un chantier, il faut d’abord former le personnel à l’utilisation même de ces équipements. Quelqu’un qui travaille en hauteur doit porter son harnais ou les cordes. Mais ils préfèrent donner cela à ceux qui viennent pour des inspections plutôt qu’aux travailleurs, ou acheter des équipements de qualité : c’est ce qui arrive souvent chez nous », regrette-t-il.
Ousmane Salami Camara rappelle que la sécurité des travailleurs est une nécessité pour les entreprises. Il est donc de leur devoir d’assurer leur formation. « C’est une obligation pour les entreprises de former les travailleurs et de les équiper en outils de protection individuelle. Mais cela ne se passe pas chez nous. Chaque fois, c’est lorsqu’il y a des accidents que les gens viennent dire qu’il y a ceci ou cela, alors qu’ils doivent doter chacun et les former. Parce que la santé et sécurité au travail est très importante pour nous tous. Quand vous ne les formez pas, il y a ce qu’on appelle les maladies professionnelles : après la retraite, l’intéressé se retrouvera avec des maladies ; ou, pendant même qu’il travaille, il y a ce qu’on appelle accident de travail ou accident de trajet, et cela coûtera à l’entreprise. Si c’est une personne très utile pour vous, dès qu’elle a un accident, il faut savoir qu’avant de la remplacer, cela prendra assez de temps. C’est pourquoi il est obligé — et c’est un droit et un devoir pour tout entrepreneur — d’assurer la formation de ses ouvriers », souligne le spécialiste.
Ousmane Salami Camara invite les autorités à veiller sur les chantiers de construction afin de garantir le respect des normes en la matière. Selon lui, cet effort est indispensable pour réduire les accidents du travail auxquels de nombreux travailleurs sont exposés et dont ils sont victimes au quotidien.
Ansou Bailo Baldé pour GuiStat.com – 622-56-11-82

