Les récentes opérations de l’Office central anti-drogue (OCAD), qui ont conduit à l’interpellation de 36 personnes dont 20 jeunes filles et 16 garçons dans plusieurs boîtes de nuit et lounges de la capitale, relancent le débat sur l’encadrement juridique de la chicha. Face à ces arrestations massives, le juriste Mamoudou Nagnalen Diakité monte au créneau. Il dénonce des méthodes « dépassées » et rappelle la stricte application qui doit présider aux textes juridiques.
Pour le juriste, les services de sécurité font fausse route dans la qualification pénale et l’application des textes répressifs. « C’est n’importe quoi : la consommation de la chicha n’est pas prohibée par le décret d’interdiction de son importation et de sa commercialisation », martèle Mamoudou Nagnalen Diakité.
Selon lui, le principe de la légalité des délits et des peines, en droit pénal, impose une interprétation stricte des textes. Interdire le commerce ou l’entrée sur le territoire d’un produit ne signifie pas automatiquement en pénaliser l’usage individuel. Traquer les consommateurs dans les espaces de loisirs relèverait dès lors d’un excès de zèle réglementaire, fondé sur des méthodes sécuritaires dépassées.
Tout en reconnaissant les risques sanitaires évidents liés à la chicha, le juriste refuse toutefois l’assimilation hâtive entre ce produit et les substances illicites. « La chicha, aussi dangereuse qu’elle soit, n’est pas juridiquement une drogue. Elle est dangereuse au même titre que l’alcool, mais ce dernier est pourtant autorisé à la vente », rappelle-t-il.
Il insiste : saisir les brigades anti-drogue, comme l’OCAD, pour réprimer les usagers de chicha crée une confusion néfaste entre les stupéfiants prohibés et les produits réglementés.
Face à cette vague d’interpellations qui touche la jeunesse, Mamoudou Nagnalen Diakité plaide pour un changement de paradigme et une « application intelligente des règles juridiques ».
Plutôt que des descentes médiatisées visant de simples consommateurs, la réponse publique devrait, selon lui, s’orienter d’abord vers le contrôle aux frontières et celui des réseaux de distribution, afin d’appliquer réellement le texte interdisant l’importation et la vente. Ensuite, vers la sensibilisation et la prévention sanitaire auprès des jeunes consommateurs. Enfin, vers la clarification des textes, pour éviter l’arbitraire et garantir la sécurité juridique des citoyens dans les espaces de loisirs.
Yamoussa Cheick Camara pour Guistat.com
Tél. : 621 81 88 35

