L’annonce des dates des élections régionales et sénatoriales, fixées aux 29 novembre et 20 décembre 2026, marque une étape décisive dans le parachèvement de l’architecture institutionnelle guinéenne. Interrogé sur cette actualité, fixée par décret présidentiel du lundi 12 octobre 2026, le juriste Mamoudou Nagnalen Diakité livre une analyse technique de ces échéances. Il salue l’aboutissement d’un processus engagé pendant la transition, tout en soulignant les défis de ces scrutins.
Pour le juriste, l’organisation de ces deux scrutins répond à une nécessité constitutionnelle : achever la mise en place des institutions républicaines. Si les maires et la chambre basse du Parlement, l’Assemblée nationale ont déjà pris leurs fonctions, le Sénat et les conseils régionaux manquent encore à l’appel. Le décret présidentiel intervient donc, selon lui, pour combler ce vide.
« Effectivement, nous avons suivi ce décret hier à la télévision. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il était attendu, parce qu’il vient parachever un processus qui a commencé depuis le 5 septembre 2021 », a-t-il précisé.
Les conseillers régionaux, ainsi que le président du conseil régional, seront choisis par l’ensemble des conseillers communaux déjà élus. Pour la chambre haute, le Sénat, il sera composé de membres désignés selon un schéma mixte : une partie sera issue des conseillers communaux élus, tandis qu’une autre sera directement nommée par le président de la République.
Mamoudou Nagnalen Diakité rappelle qu’il s’agit d’un tournant concret pour les citoyens.
« C’est quelque chose qui était déjà prévu dans la loi guinéenne, mais qui n’avait jamais été mis en œuvre. Ce sera donc une nouveauté pour les Guinéens d’un point de vue pratique ; sur le plan législatif, cela existait déjà dans le Code des collectivités locales. Nous allons donc avoir des conseillers régionaux dans les différentes régions et dans la zone spéciale de Conakry », indique le juriste.
Pour la première fois de son histoire politique, la Guinée quitte le système monocaméral pour adopter un Parlement à deux chambres. Le peuple n’ira pas directement aux urnes pour ces deux élections. La représentation s’effectue au second degré, à travers des élus locaux qui bénéficient déjà d’une légitimité populaire. Si la pratique suscite des interrogations en Guinée en raison de son caractère inédit, le juriste souligne qu’il s’agit d’un mécanisme classique, déjà expérimenté dans plusieurs autres démocraties.
« Ce sont des élections atypiques, en ce sens que le peuple ne vote pas directement. Mais ces personnes sont censées représenter le peuple, parce qu’elles appartiennent à des structures qui, à l’origine, bénéficient d’une légitimité. Personne ne contestera, par exemple, la légitimité des conseillers élus par les citoyens. Il s’agit donc d’une forme de représentation indirecte. C’est nouveau pour les Guinéens dans la pratique, dans sa mise en œuvre. C’est pourquoi cela suscite beaucoup d’interrogations : en Guinée, on ne l’a encore jamais fait, alors que ces modèles sont déjà expérimentés ailleurs », a-t-il rappelé.
Sur la question de la conformité des dates avec le Code électoral, le juriste se montre prudent, mais sans équivoque. Selon lui, les délais initiaux n’ont pas été totalement respectés.
« Le délai imparti pour mettre en place les conseils régionaux après l’installation des conseillers communaux a été dépassé. Nous avons un problème de glissement à ce niveau », observe Mamoudou Nagnalen Diakité.
Toutefois, il nuance l’impact de ce retard. À l’en croire, ce décalage s’explique par la nouveauté des mécanismes institutionnels, qui impose une phase d’apprentissage aux acteurs chargés de conduire le processus. Ce retard technique ne devrait pas, selon lui, porter atteinte à l’intégrité ni à la crédibilité globale de ces scrutins historiques.
Yamoussa Cheick Camara pour Guistat.com
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