À Conakry, en ce mois d’octobre, l’eau ne manque pas dans la nappe phréatique. Pourtant, la roche reste dure, difficile à briser à coups de marteau. Sous le ciel gris, un sexagénaire frappe sans relâche. Ousmane Soumah a consacré sa vie à creuser des puits, des fosses et des caniveaux. Ses mains racontent ce métier : les dix doigts du vieil homme semblent insensibles aux chocs entre le fer et la pierre. Ils ne se referment presque plus.
Chaque coup porté contre la roche témoigne d’une longue habitude, d’une endurance forgée par des années de labeur. Avant d’embrasser ce métier, Ousmane était matelot, employé sur des navires de pêche. Mais les retards répétés dans le paiement de son salaire l’ont poussé à changer de voie. Il décide alors d’apprendre le métier de puisatier pour gagner sa vie et nourrir sa famille.
« Dans ma jeunesse, j’étais marin. J’ai remarqué qu’à chaque mois, il y avait un retard dans le paiement de mon salaire. Puisque je ne pouvais plus attendre, j’ai décidé d’apprendre ce métier pour gagner ma vie et nourrir ma famille », confie-t-il.
Au fil des années, Ousmane Soumah a enchaîné les contrats, notamment à travers une entreprise dénommée RMT. Ces équipes étaient souvent sollicitées pour creuser les fosses devant accueillir des pylônes et des poteaux électriques dans la commune de Ratoma. Il a travaillé avec des Allemands et des Ivoiriens, sans pour autant bénéficier pleinement du fruit de son effort physique.
« Avec les Allemands, j’étais à la tête d’une équipe de mille personnes. Sous la présidence d’Alpha Condé, mon patron allemand m’a mis à la disposition des Ivoiriens. J’ai travaillé avec eux aussi ; nous avons creusé des trous jusqu’à Dubréka. Je fais ce travail depuis 27 ans maintenant, mais je crois qu’à cause de mon analphabétisme, je n’ai pas su en profiter », regrette-t-il.
Marié à deux femmes, Ousmane Soumah est père de huit enfants. La faiblesse de ses moyens financiers l’a contraint à choisir de scolariser trois de ses enfants. Les autres ont embrassé des métiers pour aider leur père à faire face aux dépenses familiales.
Aujourd’hui, l’âge avance et les pathologies se multiplient. Le sexagénaire se plaint de courbatures et de maux d’yeux. D’ici peu, il sera obligé de déposer son marteau et son burin. Mais dans les rues de Conakry, sous le ciel gris, ses coups contre la pierre continuent encore de résonner comme le témoignage d’une vie de labeur.
Mamadou Tanou BAH
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