Au lendemain de la communication d’AGB2A-GIC contestant la garde à vue de son administrateur général, le parquet spécial près la CRIEF sort du silence. Dans un communiqué publié le 8 octobre 2026, la justice réaffirme la légalité de la procédure et dévoile les contours d’une enquête pour blanchiment, corruption et évasion fiscale présumés.
Le bras de fer judiciaire et médiatique s’intensifie autour du secteur minier guinéen. Alors que la société AGB2A-GIC dénonçait une retenue abusive de son dirigeant, Ahmed Kanté, à l’ORDEF, retenue qu’elle attribue à des dénonciations calomnieuses , le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a tenu à rétablir sa version des faits.
Le ministère public précise que la garde à vue d’Ahmed Tidiane Kanté s’inscrit dans un cadre strict : une enquête préliminaire formelle a été ordonnée le 5 octobre 2026 par le soit-transmis n° 593. Les chefs de prévention visés sont lourds : blanchiment de capitaux, évasion fiscale, corruption, abus de biens sociaux, faux et usage de faux, ou encore prise illégale d’intérêts. Le parquet rappelle toutefois qu’à ce stade, il ne s’agit que de soupçons et que la présomption d’innocence prévaut.
L’affaire prend sa source dans l’exploitation du permis minier de Tamita, détenu par la société Guinean Brain Touch (GBT). L’extraction a été confiée aux sociétés AGB2A-GIC et SD Mining, toutes deux tenues de verser des royalties à GBT.
Alors que SD Mining s’est acquittée de ses obligations, aucun versement provenant d’AGB2A-GIC n’a pu être identifié. C’est du moins le premier constat dressé par les enquêteurs.
En analysant les comptes de GBT, l’ORDEF a mis en évidence d’importants mouvements de fonds : retraits massifs en espèces, paiements aux actionnaires et transferts vers des entités liées, comme Camen Ressources, appartenant à l’actionnaire majoritaire. L’opacité et la fréquence de ces transactions en espèces constituent le premier fil conducteur des enquêteurs.
L’enquête s’attarde particulièrement sur Almamy David Sylla, détenteur de 30 % des parts de GBT. Entre janvier 2023 et décembre 2024, selon les informations livrées par la CRIEF, ce dernier a perçu plus de 25,43 milliards de francs guinéens au titre de ses royalties. Pourtant, à la fin de 2024, le solde de son compte n’affichait plus que 715,9 millions de GNF, soit moins de 3 % des sommes perçues.
Plus de 90 % de ces fonds ont été retirés en liquidités par des tiers, notamment des cambistes opérant parfois dans plusieurs banques distinctes, sans justification économique apparente, a-t-on appris.
Autre élément clé : le premier versement reçu sur l’un des comptes de Sylla 2 millions de GNF, émanait directement d’Ahmed Kanté, affirme la CRIEF. Bien que la somme soit modeste, sa portée symbolique est capitale pour l’accusation. Kanté dirigeait AGB2A-GIC, débitrice de royalties envers GBT, tandis que Sylla figurait au capital de GBT. Le parquet émet l’hypothèse qu’Almamy David Sylla aurait pu servir de prête-nom pour dissimuler la présence réelle d’Ahmed Kanté au capital de GBT.
Les enquêteurs relèvent également des incohérences chiffrées dans la répartition des royalties pour l’exercice 2023. Selon la CRIEF, Almamy David Sylla, 30 % des parts, a reçu 619 345 USD, soit environ 5,388 milliards de GNF. Ibrahima Sory Touré, 20 % des parts, a perçu 648 676 USD. La SOGUIPAMI, 15 % des parts, a perçu 5,301 millions de dollars.
Ces disparités inexpliquées se doublent de soupçons de fuites de capitaux à l’international. Le parquet pointe du doigt des contrats de prestation fictifs et des conventions d’assistance technique introuvables, à destination de structures basées au Tchad et à Chypre.
L’accusation s’interroge notamment sur des transferts de plusieurs millions de dollars réalisés depuis des mines de bauxite situées à Boffa ou à Fria vers un club de football établi sur une île méditerranéenne. Pour le ministère public, ces montages auraient eu pour seul but de soustraire des bénéfices à l’impôt guinéen et d’en masquer les véritables bénéficiaires.
En publiant ces détails, le parquet spécial entend couper court à ce qu’il qualifie de « communication partielle » de la part d’AGB2A-GIC, tout en justifiant le maintien en garde à vue des personnes mises en cause pour préserver les preuves et garantir la suite des investigations.
Affaire à suivre…
Yamoussa Cheick Camara, pour Guistat.com
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