Dans une correspondance adressée directement au chef de l’État guinéen, la directrice générale de la chaîne française reconnaît une « faute » et sollicite la clémence des autorités de Conakry.
Depuis plus de quarante-huit heures, l’affaire France 24 secoue le paysage médiatique guinéen. Entre mise en demeure et interdiction de diffusion sur l’ensemble du territoire national, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a frappé fort contre la chaîne internationale française, dont l’un des présentateurs a qualifié le président Mamadi Doumbouya de « président putschiste » à l’antenne.
Face à la tempête, France 24 a finalement reconnu son tort et présenté ses excuses aux autorités guinéennes. Mais l’essentiel se joue désormais ailleurs : dans une lettre adressée personnellement au chef de l’État guinéen, la directrice générale de la chaîne, Vanessa Burggraf, plaide pour un réexamen des sanctions imposées par l’instance de régulation des médias.
« Je me permets de m’adresser à vous personnellement à la suite de l’incident survenu sur notre antenne le mardi 14 septembre et sur les conséquences qui en ont résulté pour la diffusion de France 24 en Guinée », écrit d’emblée Vanessa Burggraf, avant de revenir sur les faits.
« L’un de nos journalistes a employé à l’antenne un qualificatif inexact. Cette faute, que nous avons immédiatement reconnue et corrigée sur nos environnements numériques et à l’antenne, était dépourvue de toute intention de manquer de respect aux institutions de la République de Guinée, à votre fonction, et à votre personne. »
La patronne de la chaîne française assure par ailleurs que le journaliste en question a été « convoqué » afin de lui « rappeler la portée d’une chaîne internationale comme France 24 et la responsabilité qui incombe à ses journalistes de respecter les titres et fonctions des personnes présentées à l’antenne ».
Poursuivant son argumentation, Vanessa Burggraf promet des mesures internes : « Nous avons appelé la rédaction à la plus grande vigilance afin qu’un tel incident, fût-il isolé au regard de la couverture de l’actualité guinéenne par notre chaîne, ne puisse se reproduire. »
La directrice générale insiste ensuite sur la coopération de France 24 avec les autorités guinéennes : « Nous nous sommes conformés aux demandes de la HAC, à laquelle nous avons répondu dans les plus brefs délais. Nous comprenons votre mécontentement et le fait que cette formulation vous ait heurté. Ce n’était pas notre intention. »
Et de conclure par un appel direct à la clémence présidentielle : « Puisque la personne directement concernée par cet incident n’est autre que vous-même, j’en appelle à votre bienveillance afin que les mesures qui nous ont été imposées puissent être réexaminées. »
Reste à savoir si l’appel personnel de Vanessa Burggraf suffira à fléchir la position des autorités guinéennes. Si le chef de l’État n’a pas encore réagi publiquement à cette requête, l’issue de ce bras de fer entre Conakry et France 24 sera scrutée bien au-delà des frontières guinéennes, tant elle interroge sur les rapports entre pouvoir politique et médias internationaux en Afrique de l’Ouest.
Mohamed Souaré pour Guistat.com

