Dans la sous-préfecture de Mankountan, préfecture de Boffa, l’école primaire de Dansy se meurt. Construite il y a plusieurs décennies, cette institution qui a formé des générations de cadres guinéens ne tient plus qu’à un fil. Infrastructures délabrées, absence d’enseignants : immersion dans une localité où l’éducation est devenue un parcours d’obstacles.
À Dansy, le constat est sans appel. L’école primaire, composée de deux bâtiments abritant autrefois au moins six salles de classe, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le premier bâtiment ne reçoit plus d’élèves. Le second, rongé par le temps, ne compte que deux salles encore qualifiées d’« opérationnelles ». Les infiltrations d’eau, les fissures profondes et la vétusté des infrastructures exposent quotidiennement les enfants à des risques sanitaires et sécuritaires.
«Aujourd’hui, au-delà de son état piteux, l’école manque d’enseignants, car on n’en a qu’un seul pour tous les niveaux. Il est assisté par un contractuel, cherché et payé par nous, les habitants. Et notre inquiétude aujourd’hui, c’est comment trouver les voies et moyens pour rénover cette école », confie Abdoulaye Camara, président du district de Dansy.
La situation pédagogique est tout aussi critique. L’unique enseignant en poste doit gérer l’ensemble des apprenants, de la première à la sixième année. « Il n’y a que deux salles aujourd’hui qu’on peut dire un peu opérationnelles. Et c’est dans ces deux salles que tous les élèves étudient avec cet enseignant unique. La première et la troisième année sont dans une classe. La cinquième et la sixième dans une autre. Quand ils viennent en classe, on les répartit en deux groupes séparés dans la même classe. Mais c’est compliqué vraiment », explique M. Camara.
Interrogé, l’unique enseignant en poste, témoigne de sa difficulté quotidienne : « Je fais ce que je peux, mais enseigner six niveaux différents dans deux salles, ce n’est pas de l’éducation, c’est de la survie pédagogique. Les enfants n’ont pas les mêmes besoins, les mêmes programmes. Je passe mon temps à courir d’un groupe à l’autre. Certains apprenants terminent l’année sans avoir vraiment assimilé les bases. »
Ancien élève de l’école primaire de Dansy, Idrissa Camara, aujourd’hui fonctionnaire à Conakry, se souvient avec émotion de son passage dans cette institution. « J’ai appris à lire et à écrire dans cette école. Elle a formé des médecins, des enseignants, des administrateurs. Voir ce lieu qui m’a tout donné dans cet état, c’est une honte. Les murs s’effondrent, les toits fuient, et on demande aux enfants d’apprendre dans ces conditions ? Ce n’est pas acceptable », s’indigne-t-il.
Un autre ancien élève, Ismaël Keita, aujourd’hui architecte àConakry, lance un appel aux autorités : « Si cette école ferme, c’est tout un village qui perd son avenir. Nos enfants n’iront pas à Mankountan ou à Boffa tous les jours. Il faut agir maintenant. »
Du côté des parents d’élèves, l’inquiétude est palpable. « Nous payons nous-mêmes un contractuel pour aider l’unique enseignant. Mais ce n’est pas suffisant. Nos enfants sont entassés dans des salles qui menacent de s’effondrer. À chaque saison des pluies, nous prions pour qu’il n’y ait pas d’accident », confie Fatoumata Bangoura, mère de trois élèves.
Un autre parent, Sana Colev, renchérit : « L’État a abandonné cette école. Les enseignants qui étaient là étaient pris en charge par l’État, mais ils sont partis à la retraite et n’ont jamais été remplacés. Nous sommes livrés à nous-mêmes. »
Face aux rumeurs évoquant un possible déménagement des élèves vers une école franco-arabe, Abdoulaye Camara tient à clarifier : « Celui qui a dit ça n’a pas de bonnes informations. Les enfants qui étudiaient avant la ruine de l’école y sont toujours. Même cette année, il y a la première année. Mais le hic, c’est qu’il n’y a pas d’enseignants. Les enfants étudient tous dans une même classe avec un seul enseignant. »
Le président du district lance un appel pressant aux autorités préfectorales et nationales : « Nous demandons la rénovation complète de l’école, l’affectation d’au moins cinq enseignants qualifiés et la construction de nouvelles salles de classe. Nos enfants méritent mieux que cela. L’éducation est un droit, pas un privilège. »
L’école primaire de Dansy, l’une des plus anciennes de la localité, incarne des décennies d’histoire et de transmission du savoir. Mais aujourd’hui, elle symbolise surtout l’abandon des zones rurales par les politiques publiques. Entre infrastructures délabrées, pénurie d’enseignants et mobilisation citoyenne, la communauté de Dansy résiste. Mais jusqu’à quand ?
Mohamed Bah pour GuiStat.Com

