Les affrontements entre groupes armés continuent d’aggraver la crise alimentaire qui touche près de sept millions de Somaliens. Fuyant la sécheresse et la faim, les déplacés ne cessent d’affluer dans les camps où travaillent les organisations humanitaires.
Située à 180 kilomètres de la capitale, Mogadiscio, Buur Hakaba n’est accessible que par les avions des Nations unies, car la route est barrée par les milices du mouvement islamiste Al-Chabab, qui contrôle 30 % du territoire national. Buur Hakaba reste, pour l’heure, un îlot sous l’autorité du gouvernement fédéral, mais la menace est proche : les islamistes sont à quinze kilomètres. La cité est aussi entourée de camps où s’entassent des centaines de familles vivant sous des tentes rondes faites de tissus et de cordes de fortune. Fuyant la sécheresse et la faim, ces déplacés internes sont venus chercher de l’aide auprès des organisations humanitaires, comme le rapporte notre confrère Le Monde.
Assise devant sa cahute, au cœur du camp de Ballow, Sabarin Fidle, 25 ans, mère de cinq enfants, a le regard perdu dans le vide. Arrivée avant l’été, elle a retrouvé sa mère et des parents qui avaient quitté, avant elle, leur village de Biyooley, à 25 kilomètres de là. « On a décidé de venir après avoir perdu notre récolte et notre bétail, dit-elle. Mais ici, on n’a ni école pour les enfants, ni toilettes, ni lumière. Dès qu’on s’éloigne le soir de notre camp, on risque de se faire violer, alors que dans le camp de Golooly, juste à côté, ils ont quatre W.-C. et une petite école, tout ça parce qu’ils sont d’un clan dominant. » Ces populations déracinées se regroupent par clan, ce qui rappelle à quel point cette structure clanique domine une société somalienne privée d’un État viable depuis les années 1990.
Quoi qu’il arrive, elle ne retournera pas dans son village situé dans une zone contrôlée par les milices d’Al-Chabab. « Ici, nous avons un repas par jour, et dès que nous pourrons avoir un bout de terre, il n’y aura plus de problème », assure-t-elle, ajoutant qu’elle aurait pu rester à Biyooley si les ONG et les agences des Nations unies n’avaient pas été empêchées d’y travailler par les milices islamistes. « Ils disent que les sacs de nourriture contiennent des caméras d’espionnage ou de quoi révéler leurs positions GPS, de quoi semer la peur. »
Vieux de plusieurs décennies, le conflit entre factions armées en Somalie continue d’aggraver une crise alimentaire dont les effets sont de plus en plus dévastateurs.
Yahya Diallo pour GuiStat.Com

