Dans l’est de la Libye, au moins 31 personnes ont été exécutées depuis fin août par des forces liées au maréchal Khalifa Haftar, selon Human Rights Watch (HRW). Une cinquantaine d’autres détenus seraient encore menacés d’une exécution imminente.
La vague a débuté le 23 août. Ce jour-là, dix personnes ont été fusillées, une exécution annoncée par le procureur militaire des forces de l’est. Au cours du mois suivant, 21 autres personnes auraient été exécutées, selon le bilan établi par HRW. L’ONG affirme qu’il s’agit des premières exécutions signalées en Libye depuis 2010. Un constat d’autant plus lourd que le pays reste marqué par plus d’une décennie d’instabilité et de fragmentation.
Au-delà du bilan humain, les organisations de défense des droits humains dénoncent les conditions dans lesquelles ces condamnations auraient été prononcées et appliquées. Elles pointent des procès militaires secrets, au cours desquels certains accusés auraient été privés d’un véritable accès à leur avocat. Des confessions auraient également été obtenues sous la torture, selon ces ONG. Autant d’éléments qui remettent en cause, selon elles, la régularité des procédures et le respect des garanties judiciaires les plus élémentaires.
Les familles des personnes exécutées auraient, elles aussi, été tenues à l’écart. Elles n’auraient pas été informées à l’avance des mises à mort, et certaines n’auraient pas pu récupérer les dépouilles de leurs proches. Une opacité qui renforce les inquiétudes des défenseurs des droits humains sur le sort réservé aux détenus dans les zones contrôlées par les forces de l’est.
Ces exécutions interviennent dans une Libye toujours divisée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Le pays reste partagé entre les autorités basées à Tripoli et les forces de Khalifa Haftar, qui contrôlent une grande partie de l’est du territoire. Dans ce contexte de fragmentation politique et sécuritaire, les exécutions attribuées aux forces pro-Haftar risquent de raviver les préoccupations de la communauté internationale sur le respect des droits fondamentaux et l’impunité des acteurs armés.
Alors qu’une cinquantaine de détenus seraient toujours sous la menace d’une exécution imminente, les appels à la retenue et à des procès équitables restent au cœur des préoccupations. Mais dans un pays où les institutions demeurent profondément divisées, la pression internationale sera déterminante pour tenter de faire respecter le droit et la dignité des détenus.
Fatoumata Condé pour Guistat.com

