C’est une visite inédite qui marque un tournant dans la diplomatie régionale. Ce lundi, les facilitateurs de l’Union africaine (UA) sont arrivés à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu et bastion de l’Alliance Fleuve Congo / Mouvement du 23 Mars (AFC/M23), pour reprendre le dialogue avec la rébellion, a appris Guistat.com.
La délégation, composée de l’ancien président kényan Uhuru Kenyatta, de l’ancien président botswanais Mokgweetsi Masisi et de l’ancienne présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde, a franchi pour la première fois les portes de la capitale provinciale contrôlée par les insurgés depuis le début du conflit. Une première qui témoigne de l’ampleur des efforts déployés pour ramener la paix dans une région meurtrie par des décennies de violences.
Cette médiation, conduite sous l’égide du président togolais Faure Gnassingbé, président en exercice de la Conférence des chefs d’État de l’UA, devait initialement réunir cinq personnalités. Outre les trois envoyés présents à Goma, deux absents de marque étaient attendus : l’ancienne présidente centrafricaine Catherine Samba-Panza et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Leur absence n’a pas été expliquée dans l’immédiat.
Après les rencontres tenues en début d’année avec les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame, qui avaient abouti à l’établissement d’une feuille de route, les facilitateurs ont cette fois échangé pendant plus d’une heure avec la coordination politique de l’AFC/M23, dirigée par Corneille Nangaa. Un face-à-face direct que les observateurs qualifient de signal fort, alors que Kinshasa refusait jusqu’ici de reconnaître la légitimité de ses interlocuteurs.
À l’issue de cette rencontre, la délégation s’est rendue auprès des représentants de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco), dont le mandat et l’avenir suscitent de vives tensions dans le pays.
Pour l’Union africaine, l’objectif est clair : marquer son empreinte dans la réaffirmation de son rôle de médiateur et dans la recherche d’une solution durable au conflit qui ravage l’Est de la RDC. Une ambition qui s’inscrit dans un paysage diplomatique de plus en plus encombré.
Plusieurs processus concurrents sont en effet engagés. Un accord entre Kinshasa et Kigali, négocié sous l’égide des États-Unis, reste en suspens. En parallèle, un processus de négociation direct entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 se poursuit dans le cadre d’une médiation qatarie. La visite des facilitateurs de l’UA à Goma constitue ainsi une nouvelle étape dans ces efforts diplomatiques visant à favoriser le dialogue et à ouvrir la voie à une sortie de crise.
Cette avancée diplomatique intervient alors que la situation humanitaire demeure catastrophique dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, où des millions de déplacés vivent dans des conditions précaires. La présence des facilitateurs de l’UA à Goma, au cœur du dispositif rebelle, pourrait toutefois ouvrir une fenêtre d’opportunité pour une désescalade.
Reste à savoir si cette médiation continentale parviendra à s’articuler avec les autres initiatives en cours, ou si elle viendra ajouter une couche supplémentaire à un écheveau diplomatique déjà complexe.
Une chose est sûre : pour les populations de l’Est de la RDC, qui attendent depuis trop longtemps une paix durable, chaque pas vers le dialogue est un espoir de plus.
Fatoumata Condé pour GuiStat.Com

