Cinq ans après le naufrage le plus meurtrier jamais survenu dans la Manche, la justice française a rendu son verdict. Mercredi 30 septembre 2026, le tribunal correctionnel de Paris a condamné treize hommes reconnus coupables dans la mort de 31 migrants, partis à bord d’une embarcation de fortune pour tenter de rejoindre la Grande-Bretagne. Les peines prononcées vont jusqu’à dix ans d’emprisonnement.
Six des accusés ont été reconnus coupables d’homicide involontaire. Les autres condamnations, majoritairement pour aide au séjour irrégulier en bande organisée, vont de six mois de prison avec sursis à quatre ans d’emprisonnement. Sur les huit autres prévenus jugés dans ce dossier, un a été relaxé.
Tout au long du procès, les accusés ont affirmé être eux-mêmes des victimes des réseaux de passeurs. Une argumentation qualifiée de « cynique » et « dérangeante » par le tribunal, qui n’a pas retenu cette défense.
« C’est un soulagement pour les familles qu’on représente », a réagi Maître Matthieu Chirez, avocat de 112 parties civiles. Il a toutefois prévenu : ce soulagement « n’enlève en rien la vigilance qui est la leur et la nôtre quant au deuxième volet de ce dossier ».
Pour l’avocat, les passeurs ont organisé une traversée dangereuse. « Des gens sont morts. Même s’ils ne voulaient pas les tuer, leur faute a causé la mort », a-t-il soutenu. Selon lui, les accusés ont vu que les passagers allaient mourir ou étaient en train de se noyer, et n’ont rien fait pour les aider. « Ils les ont abandonnés », a-t-il ajouté.
Au cœur des questions reste la possibilité d’un sauvetage. L’enquête a révélé que les migrants avaient appelé les secours français à de nombreuses reprises, sans qu’aucune intervention n’ait lieu. Pour l’avocat et ses clients, savoir si une opération de secours était possible demeure central.
Cette nuit d’horreur de novembre 2021 n’a laissé que deux survivants. La majorité des victimes étaient d’origine kurde irakienne. L’embarcation, surchargée, comptait aussi des personnes d’origine afghane, éthiopienne, somalienne, égyptienne et vietnamienne.
Avec ce verdict, la justice française adresse un message ferme aux réseaux de passeurs. Mais pour les familles et leurs conseils, le dossier n’est pas terminé : le deuxième volet de l’enquête devra déterminer si l’État français aurait pu empêcher ce drame.
Fatoumata Condé pour GuiStat.Com

