Le président sénégalais a défendu avec fermeté la loi durcissant la répression des relations homosexuelles, promulguée le 31 mars 2026, lors d’un entretien exclusif accordé à RFI et France 24. Face aux critiques de Paris et Washington, le chef de l’État invoque la souveraineté nationale et le principe de réciprocité.
Interrogé sur les critiques formulées par une partie de la communauté internationale, notamment la France et les États-Unis, Bassirou Diomaye Faye n’a pas mâché ses mots. « Quand ces pays-là (France, États-Unis) ont légalisé le mariage homosexuel, nous étions très choqués. Est-ce que nous avons réagi ? Non ! Nous savons que ce sont des pays souverains qui ont fait leur option législative et nous l’avons respectée. Nous demandons la même chose », a sèchement répondu le chef de l’État sénégalais. Cette sortie, qui prolonge la position de son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, marque la première prise de parole publique du président sur le sujet depuis la promulgation de la loi.
La loi n° 2026-08, publiée au Journal officiel du 30 mars 2026, modifie en profondeur l’article 319 du Code pénal sénégalais. Là où le texte prévoyait auparavant une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 100 000 à 1,5 million de francs CFA, les sanctions sont désormais considérablement alourdies.
Désormais, les « actes contre nature » définition qui englobe « tout acte sexuel ou à caractère sexuel entre personnes de même sexe » sont punis de cinq à dix ans d’emprisonnement et d’une amende de deux à dix millions de francs CFA. Lorsque l’infraction implique un mineur, la peine maximale est obligatoirement prononcée, sans possibilité de sursis.
Le texte introduit également une innovation juridique majeure : la criminalisation de l’« apologie » de l’homosexualité, entendue comme toute promotion publique de celle-ci. Les auteurs de tels actes encourent trois à sept ans d’emprisonnement et une amende de 500 000 à cinq millions de francs CFA. Les personnes finançant ou soutenant ces activités s’exposent aux mêmes sanctions.
Ce durcissement législatif intervient dans un contexte déjà marqué par une montée de l’homophobie et une vague d’arrestations. Début février 2026, douze hommes, dont deux figures publiques locales, avaient été arrêtés pour « actes contre nature ». Depuis, plusieurs dizaines d’interpellations supplémentaires ont été rapportées, certaines accompagnées d’accusations infondées de transmission volontaire du VIH.
En avril 2026, un homme de 24 ans a été condamné à six ans de prison ferme et deux millions de francs CFA d’amende par le tribunal de Pikine-Guédiawaye, première application concrète de la nouvelle législation. Selon le ministère français des Affaires étrangères, 62 États criminalisent encore les relations homosexuelles consensuelles, dont onze prévoient la peine capitale.
Pour justifier ce durcissement, les autorités sénégalaises invoquent les « valeurs culturelles et morales » du pays, dans une société majoritairement musulmane où l’homosexualité reste largement rejetée. Le Premier ministre Ousmane Sonko, à l’origine du texte, a dénoncé devant l’Assemblée nationale la « tyrannie » de l’Occident qui voudrait « imposer l’homosexualité au reste du monde ». « Le peuple sénégalais souverain ne veut pas de ces pratiques ici au Sénégal », a-t-il martelé.
Cette position s’inscrit dans la continuité de celle de l’ancien président Macky Sall, qui avait déjà affirmé à plusieurs reprises que le Sénégal ne légaliserait jamais l’homosexualité sous son mandat. La différence tient à l’action législative : sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, l’Assemblée nationale a adopté un texte qui augmente les sanctions et élargit le champ des comportements réprimés.
Si la France et les États-Unis ont exprimé leur préoccupation, la réaction internationale est restée étonnamment feutrée. Plusieurs observateurs soulignent que Paris et Madrid, pour qui les relations avec Dakar constituent une priorité diplomatique, ont adopté une posture prudente. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, par la voix de Volker Türk, avait pourtant dénoncé une loi qui « bafoue les droits humains fondamentaux » et appelé le président à ne pas la promulguer.
La France a néanmoins annoncé le dépôt d’un projet de résolution au Conseil des droits de l’homme de l’ONU visant à interdire aux États de criminaliser les personnes LGBT+. Un ressortissant français est par ailleurs détenu à Dakar depuis le 14 février 2026 pour des faits relevant de la nouvelle législation, et le consulat lui a rendu visite à quatre reprises. L’Union européenne a pour sa part indiqué suivre la situation « avec attention », privilégiant le dialogue bilatéral pour aborder ces questions.
Dans ce climat de peur, des dizaines de Sénégalais ont cherché à fuir le pays depuis le vote du texte, craignant d’être agressés ou arrêtés. L’association STOP homophobie a lancé une campagne de dons pour venir en aide aux personnes LGBT+ confrontées à des situations d’urgence, tandis que les appels à sa ligne d’écoute en provenance du Sénégal connaissent une augmentation significative.
Alors que le président Faye campe sur ses positions et que son Premier ministre menace de renforcer encore la loi « s’il le faut », la communauté internationale semble prise entre la défense de ses valeurs et la préservation de ses intérêts stratégiques en Afrique de l’Ouest. Une équation diplomatique délicate, dont l’issue pourrait bien redessiner les contours du dialogue entre le Sénégal et ses partenaires occidentaux.
Mohamed Souaré pour Guistat.com

