La Guinée, pays aux immenses potentialités agricoles mais encore trop dépendant des importations alimentaires, a décidé de frapper un grand coup pour conquérir sa souveraineté. Vendredi 4 septembre, un mémorandum d’entente stratégique a été signé avec l’Institut Daniel Franco du Brésil, marquant le début d’une coopération ambitieuse pour révolutionner la filière rizicole nationale.
Avec plus de 13,7 millions d’hectares de terres arables et des précipitations abondantes, la Guinée possède tous les atouts pour être le grenier de l’Afrique de l’Ouest. Pourtant, le pays reste l’un des plus grands importateurs de riz au monde. En 2024, la Guinée a importé environ 1,065 million de tonnes de riz, dont plus de 95 % en provenance d’Inde. Une dépendance critique qui expose le pays aux aléas du marché international et aux risques de pénurie.
Le ministre guinéen de l’Agriculture, Félix Lamah, ne mâche pas ses mots : « Ce défi, nous comptons le relever en nous appuyant sur l’expérience éprouvée de l’Institut Daniel Franco, qui collabore déjà avec une vingtaine de pays à travers le monde. Le Brésil est une référence en matière de productivité rizicole, et nous voulons importer son savoir-faire pour l’adapter à nos réalités locales ».
Ce partenariat, scellé en présence des ambassadeurs des deux pays, vise bien plus qu’un simple transfert de technologies. Il s’agit d’adapter l’expérience brésilienne, qui produit environ 9 millions de tonnes de riz par an, aux spécificités agroécologiques guinéennes. Une mission conjointe des ministères guinéens et de l’Institut Daniel Franco s’est d’ailleurs rendue à Boké et Boffa les 2 et 3 septembre pour évaluer les potentialités du secteur agro-pastoral et identifier des pistes concrètes de collaboration.
Les échanges ont porté sur la formation, la recherche, la modernisation des équipements et le transfert de compétences. L’Institut Daniel Franco a salué le potentiel agro-pastoral de la Guinée et réaffirmé sa disponibilité à accompagner le pays dans ces différents domaines.
Ce partenariat s’inscrit dans la vision du président Mamadi Doumbouya, qui a fait de l’agriculture un axe central du Programme Simandou 2040. Ce programme ambitieux, doté de plus de 18 milliards de dollars d’investissement agricole, vise à transformer structurellement l’agriculture nationale pour en faire le principal moteur de l’émergence économique du pays.
« Aucune agriculture compétitive ne peut émerger sans infrastructures adaptées », a rappelé la ministre de l’Agriculture, Aminata Kaba. Le programme prévoit notamment le désenclavement des zones de production, la construction de centres de collecte et de stockage, ainsi que le développement de corridors logistiques vers les marchés.
L’objectif affiché est clair : réduire la dépendance aux importations, améliorer la productivité des exploitations agricoles et renforcer la sécurité alimentaire nationale. La Guinée produit actuellement environ 1,125 million de tonnes de riz pour une consommation de 2,36 millions de tonnes. Le chemin est encore long, mais ce partenariat avec le Brésil pourrait bien être le catalyseur qui permettra au pays de réaliser son potentiel et de nourrir sa population.
Comme le souligne le ministre Lamah, il s’agit désormais de « transformer ces défis en opportunités ». La Guinée semble déterminée à écrire un nouveau chapitre de son histoire agricole.
Mohamed Souaré pour GuiStat.Com

