Alors que la Guinée affiche un bilan inédit en matière d’investissements directs étrangers (IDE) pour l’année 2025, près de 8 milliards de dollars, soit le meilleur score d’Afrique subsaharienne selon l’ONU, l’ancien Premier ministre et opposant Cellou Dalein Diallo tempère l’enthousiasme officiel. Interrogé jeudi 2 septembre 2026 sur RFI, le leader de l’UFDG a livré une analyse contrastée de cette manne financière, qu’il attribue davantage à la conjoncture mondiale et à la diplomatie du régime qu’à une réelle stratégie d’attractivité.
« Oui, c’est une réalité, mais ce n’est pas le résultat d’une politique judicieuse », a d’emblée prévenu Cellou Dalein Diallo. Selon lui, cet afflux de capitaux s’explique avant tout par la « conjoncture internationale » et la « forte demande » mondiale pour les ressources minières guinéennes. Le fer du Simandou, mégaprojet au cœur du programme Simandou 2040, concentre l’attention, mais l’ancien Premier ministre rappelle que la bauxite guinéenne la plus riche en aluminium au monde constitue un atout tout aussi décisif.
« Ce n’est pas le fait d’une politique particulière d’attraction des investisseurs étrangers », insiste-t-il, en écho aux discours officiels qui vantent les réformes du climat des affaires. Pour lui, le record de 2025 est avant tout le reflet d’un appétit mondial pour les matières premières, sur lequel le gouvernement n’a que peu d’emprise.
Au-delà des chiffres, M. Diallo pointe un paradoxe : ces investissements massifs ne se traduisent pas, pour l’instant, par une amélioration des conditions de vie des Guinéens. « Est-ce que ceci contribue à l’amélioration des conditions de vie en Guinée ? Non », affirme-t-il, en s’appuyant sur les récentes alertes de la Banque mondiale qui constatent une aggravation de la pauvreté dans le pays.
Le leader de l’UFDG déplore ainsi que les retombées économiques restent confisquées par une minorité, sans effet d’entraînement significatif sur l’emploi, les infrastructures sociales ou le pouvoir d’achat des ménages.
Interrogé sur les raisons du maintien de la confiance des grandes puissances malgré les critiques récurrentes sur la gouvernance, Cellou Dalein Diallo évoque une stratégie de « ménagement » diplomatique. « Je pense qu’ils réussissent à ménager les uns et les autres », analyse-t-il, citant notamment la France, dont les communiqués sont parfois « timides » face aux violations des droits humains.
Selon lui, le pouvoir de Conakry exploite habilement l’intérêt stratégique des grandes nations pour les ressources guinéennes. « La junte a braqué un pays riche en minerais. Ils jouent pour que les gens ferment les yeux », résume-t-il, en saluant néanmoins une certaine habileté tactique : « Ils essaient de ménager tout le monde. »
Pour les Guinéens, la question demeure : ces milliards d’investissements sauront-ils un jour irriguer l’économie réelle et réduire la pauvreté, ou resteront-ils la signature d’une rente minière sans lendemain ? En attendant, le record de 2025, s’il flatte les statistiques, ne fait pas l’unanimité sur le terrain.
Ibrahima Camara pour GuiStat.Com

