Deux groupes jihadistes rivaux se disputent le contrôle de la zone frontalière. Une nouvelle flambée de violences, le vendredi 9 octobre à Gonadaouri, dans l’Oudalan burkinabè, aurait fait plusieurs centaines de morts. L’État islamique au Sahel revendique plus de 400 combattants du JNIM tués, un bilan invérifiable.
La frontière entre le Mali et le Burkina Faso demeure le théâtre d’une guerre dans la guerre. Loin du seul affrontement avec les États, deux organisations jihadistes rivales, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Sahel (EIS), lié à Daech, se livrent une bataille acharnée pour le contrôle de cet espace. Les hostilités ont repris de plus belle en fin de semaine dernière, principalement le vendredi 9 octobre, à Gonadaouri, dans la province burkinabè de l’Oudalan. Selon plusieurs sources, les affrontements auraient fait plusieurs centaines de morts.
L’État islamique au Sahel a revendiqué, dans le journal de propagande de Daech « Al Naba », rendu public ce jeudi, avoir tué plus de 400 combattants du JNIM il y a une semaine dans l’Oudalan. Une affirmation spectaculaire, que les spécialistes invitent à manier avec prudence. « Les bilans de l’EIS sont toujours mensongers », assure un chercheur ouest-africain qui connaît en profondeur les groupes jihadistes.
De son côté, le JNIM n’a pas officiellement communiqué sur ces affrontements. Mais plusieurs sources spécialisées assurent que les morts sont nombreux des deux côtés et que des commandants de l’État islamique au Sahel ont été tués par le JNIM. À ce stade, aucun bilan fiable et indépendant ne peut être établi.
Pour les observateurs, ces combats ne relèvent pas d’une simple querelle de circonstance. « Les deux groupes partagent le même espace vital potentiel et les mêmes bassins de recrutement, c’est structurellement une rivalité », analysait en juin dernier dans Le Grand Continent Wassim Nasr, journaliste à France 24 et chercheur spécialisé sur les groupes jihadistes. Il rappelait que ces combats fratricides avaient commencé dès 2019.
Les enjeux sont à la fois idéologiques et territoriaux. Chaque organisation cherche à imposer sa doctrine et à asseoir son contrôle sur la zone frontalière. Cette compétition pour l’hégémonie jihadiste au Sahel se double d’une lutte pour les populations et les territoires, dans un espace où les armées nationales et les forces internationales sont également engagées.
Cette guerre entre le JNIM et l’EIS complique encore une situation sécuritaire déjà très dégradée au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les civils paient le prix fort de ces affrontements à répétition, entre exactions, déplacements forcés et opérations militaires. Pour l’heure, l’opacité reste totale sur le nombre exact de victimes.
Entre propagande, silence et informations parcellaires, la bataille de Gonadaouri illustre une nouvelle fois la difficulté à documenter la réalité de cette guerre souterraine. Une chose est sûre : à la frontière Mali-Burkina, la rivalité entre le JNIM et l’EIS continue de redessiner les équilibres du jihadisme sahélien.
Fatoumata Condé pour Guistat.com

